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MATHURINE COMPÈRE : DE LA BRETAGNE SAUVAGE AUX PLANTATIONS DE BOURBON

19/05/2026

Mathurine Compère voit le jour le 25 octobre 1704 à Quimperlé, dans le Finistère en Bretagne. Son baptême est célébré en la paroisse Saint-Colomban, avec pour parrain le sieur Yves Le Bars et pour marraine dame Mathurine Bodan. Elle grandit au sein d'une famille profondément marquée par les voyages et le milieu maritime, avant de lier sa propre existence à l'île de La Réunion.

En remontant sa lignée paternelle, on découvre son père, Blaise Compère. Né vers 1643 à Nîmes, dans le Gard en Languedoc-Roussillon, cet homme quitte le sud de la France pour mener une carrière d'officier en devenant Capitaine d'armes de la compagnie franche de la marine de Monsieur du Quenelle. Ses pérégrinations militaires le conduisent en Bretagne où il épouse la mère de Mathurine, Jeanne Marie Bouriguen, le 20 août 1701 à Brest. Lors de ce mariage, l'époux, veuf en premières noces de dame Dorothée Loubonne, demeurait alors à Brest depuis cinq ans, tandis que son épouse y était établie depuis quinze mois. Les grands-parents paternels de Mathurine, et parents de Blaise, s'appellent Antoine Compère et Jeanne Bouyere.

Du côté maternel, sa mère Jeanne Marie Bouriguen est baptisée le 10 mai 1676 en la paroisse Saint-Colomban de Quimperlé. Elle est la fille de Jean Bouriguen et de Jeanne Coubla. Cette grand-mère maternelle, Jeanne Coubla, est quant à elle baptisée à Quimperlé le 2 février 1644, et y décède le 6 septembre 1721 à l'âge d'environ 77 ans, après avoir épousé Jean Bouriguen le 29 juillet 1675 dans cette même ville.

En prolongeant la lignée de cette branche maternelle, on atteint les arrière-grands-parents de Mathurine. Jeanne Coubla est la fille de Mathieu Coubla et de Peronnelle Stephan. Cette dernière, arrière-grand-mère de Mathurine, s'éteint le 28 septembre 1670 à Quimperlé. Enfin, la lignée remonte jusqu'aux parents de Peronnelle Stephan, Martin Stephan et Jeanne Guiff, qui closent cette généalogie ancrée entre les côtes bretonnes et le Gard.

Le destin de Mathurine bascule définitivement lorsqu'elle décide de s'exiler à l'autre bout du monde. Son émigration est enregistrée de manière unique sur le site de la Mémoire des hommes. Une confusion administrative s'y est toutefois glissée, puisque la jeune femme y apparaît enregistrée sous le prénom de Catherine au lieu de Mathurine. Malgré cette méprise sur son identité, l'année d'arrivée correspond en tout point aux précieuses données du Cercle de Généalogie Bourbon. C'est à l'âge de 19 ans qu'elle entreprend ce grand voyage en qualité de domestique au service de Madame de Vaucourt.

Pour rejoindre l'île Bourbon, elle embarque à Lorient à bord de l'Apollon, un imposant vaisseau de 600 tonneaux armé de 36 canons et manœuvré par 145 membres d'équipage. Ce navire de la Compagnie des Indes, construit à Hambourg en 1720 sous le commandement du capitaine Gilles Le Brun de La Franquerie, réalise alors une campagne au long cours reliant Lorient à l'Inde et aux Mascareignes, en poussant sa route jusqu'à Moka. Après une éprouvante traversée océanique, Mathurine est officiellement débarquée sur le sol de l'île Bourbon le 9 août 1724.

Quelque temps après son installation sur l'île, à l'âge de 21 ans, Mathurine fonde son propre foyer. Le 29 janvier 1726, elle épouse Grégoire Fontaine à Sainte-Suzanne. Avant ce mariage, son époux avait eu une relation avec Agathe Dugain, de laquelle était née une fille naturelle prénommée Rose Dugain, le 20 juillet 1719 à Sainte-Suzanne. Désormais unis, Mathurine et Grégoire donnent naissance à une grande lignée, puisque neuf enfants viennent par la suite sceller l'histoire de la famille Fontaine/Compère.

La vie de la famille s'organise autour de l'exploitation de la terre. Les archives locales et les recensements successifs permettent de suivre l'évolution de leur quotidien. Ainsi, les registres de 1742 révèlent qu'en 1735, suite à la succession du sieur Jacques Fontaine, Grégoire et Mathurine obtiennent une parcelle cultivable dans le quartier de Sainte-Suzanne. Ils y exploitent une plantation de 400 caféiers, aidés par trois esclaves d'origine malgache prénommés Cotte, Soua et Vau, bien que ces derniers soient signalés comme marrons, c'est-à-dire en fuite, au moment de l'enregistrement.

C'est au cœur de cette vie de colons que Mathurine, alors âgée de 42 ans, donne naissance à sa fille Marie Antoinette Fontaine, mon aïeule de ma lignée paternelle, le 4 avril 1747 à Saint-Benoît.

Au fil des années, le domaine agricole prospère. En 1754, le couple se trouve à la tête d'une propriété de 40 arpents, toujours située à Sainte-Suzanne. L'activité de la ferme s'est diversifiée et l'on y cultive désormais du blé, du riz et du maïs, tout en y élevant une douzaine de cochons. Cependant, cette même année marque un tournant douloureux pour Mathurine. Le 11 décembre 1754, son époux Grégoire Fontaine décède à Saint-Benoît à l'âge de 50 ans, la laissant veuve.

Désormais seule pour gérer les biens familiaux, dame Mathurine Compère apparaît dans le recensement de 1758 avec un patrimoine modifié. Elle possède alors un terrain cultivable de 11 arpents et un quart à Bras-Panon, une localité rattachée au quartier de Saint-André, où est enregistrée à son service une esclave indienne prénommée Mongoulé.

Malgré le deuil, la vie de famille continue et les enfants grandissent. Le 2 février 1761, alors que Mathurine a 56 ans, elle célèbre le mariage de mon ascendante Marie Antoinette Fontaine, qui unit sa destinée à celle de Vincent Robert à Saint-Benoît.

Les années passent et la vieille dame quitte progressivement ses terres pour se rapprocher des siens. Le recensement de 1776 montre qu'elle a trouvé refuge auprès de sa fille Geneviève Fontaine. Elle réside alors chez son beau-fils, le sieur Louis Payet, installés tous ensemble dans le quartier de la rivière d'Abord. C'est au sud de l'île, après une existence longue et riche d'aventures qui l'aura menée de la Bretagne aux rivages de l'océan Indien, que Mathurine s'éteint finalement le 11 mai 1778 à Saint-Pierre, à l'âge de 73 ans.

En définitive, le parcours de Mathurine Compere illustre avec force la complexité du destin de ces pionnières qui ont façonné l'histoire de l'île de La Réunion. Partie des côtes bretonnes à l'aube de ses vingt ans, portée par l'héritage maritime de ses ancêtres, elle a bravé l'océan pour s'enraciner définitivement sur une terre nouvelle. Traversant les épreuves, de la perte de son époux aux exigences de la vie coloniale, elle s'est imposée en maîtresse d'habitation, gérant ses propriétés d'une main ferme.

Son histoire, intimement liée au système de l'époque, rappelle également la dure réalité de la société de plantation, où la prospérité des colons reposait sur l'exploitation d'esclaves malgaches et indiens. À travers sa nombreuse descendance, ses réussites agricoles et sa participation active à l'économie servile de Bourbon, Mathurine laisse l'empreinte indélébile, bien que contrastée, d'une véritable bâtisseuse de la société réunionnaise d'autrefois.


Sources :

AD 29, 974, ANOM

Site la mémoire des hommes

Cercle Généalogique Bourbon - fiches des primo-arrivants de la Bretagne

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