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LOUIS MARCHAND DIT SAINT-AMANT : RACINES NIVERNAISES ET RAMEAUX DES MASCAREIGNES

25/06/2026

C'est au début de l'année 1706, le 27 février, que commence l'histoire de Louis Marchand. Il pousse ses premiers cris au sein de la paroisse Saint-Martin de Beuvron, située dans la Nièvre, en Bourgogne. Il grandit aux côtés de son frère aîné Jean, baptisé au même endroit quelques années plus tôt, le 7 mars 1700. Ses parents, Edme Marchand, maréchal de son état, et Emée Dhurüe, veillent sur la petite famille au cœur de cette campagne nivernaise. L'enfance est cependant rapidement marquée par les rigueurs du climat : alors qu'il n'a que deux ans, le tristement célèbre « Grand hiver » s'abat sur la France le 6 janvier 1709, apportant une vague de froid intense, des famines et une mortalité particulièrement élevée à travers tout le pays.

Le destin frappe de nouveau très rudement la famille l'année suivante. Le 21 octobre 1710, le jeune garçon perd son père, Edme Marchand, qui s'éteint à l'âge précoce de 37 ans environ. Il est inhumé dans le cimetière de Beuvron en présence de son cousin Léger Gresle, ainsi que de Jean Viaud et Pierre Goche. Devenue veuve, sa mère Emée Dhurüe continue d'élever ses enfants dans la région.

Le début de l'âge adulte sonne l'heure des grands engagements. Sans profession, le jeune Louis décide d'embrasser la carrière des armes. Le 9 février 1723, alors qu'il n'est âgé que de 17 ans, il s'engage comme soldat dans la compagnie de Plantin. Les registres militaires dressent alors de lui un portrait physique précis : mesurant 5 pieds, il possède un visage rond et un peu rouge, des cheveux châtains frisés, des yeux gris, une petite marque au front ainsi qu'une cicatrice au sourcil gauche. Ne sachant pas écrire, il appose une simple marque au bas de son engagement.

Le grand départ ne se fait pas attendre. Intégré à la campagne des Indes, celui que l'on appelle désormais « Marchand dit Saint-Amant » embarque le 26 mars 1723 à bord du Lys, un vaisseau de la Compagnie des Indes. Ce voyage maritime, dont les escales théoriques du rôle relient Lorient, l'Inde, les Mascareignes et la Martinique, l'éloigne définitivement de sa terre natale. Il ne reverra jamais sa mère, qui s'éteint à Beuvron le 22 octobre 1723, quelques mois seulement après son départ. After plusieurs mois de navigation, Louis débarque à l'île de France (aujourd'hui île Maurice) le 20 août 1723.

Désormais installé dans l'océan Indien, sa carrière militaire y progresse régulièrement. En 1729, il sert en tant que caporal dans la compagnie de Mascle au Port-Bourbon en île de France. C'est durant cette période qu'une jeune femme originaire de la paroisse Saint-Louis de Lorient, Nicole Mercier (ou Le Mercier), fille de Pierre Mercier et de Michèle Moileau, s'apprête à l'y rejoindre. À la fin de l'année 1728, elle décide de s'expatrier et s'engage pour s'installer durablement à l'île de France. La Compagnie des Indes lui verse alors la somme de 200 livres pour son engagement et son habillement.

Le 10 novembre 1728, Nicole monte à bord du Royal Philippe, un imposant vaisseau de 700 tonneaux et armé de 28 canons, commandé par le capitaine Marc-Auguste Baudran de La Mettrie. Le navire quitte officiellement le port de Lorient le 24 novembre 1728 avec à son bord des colons ainsi que plusieurs « jeunes filles à marier ». Après un voyage de plusieurs mois passant par l'Espagne, l'Inde et les Mascareignes, le bâtiment jette l'ancre à l'île de France (île Maurice), où Nicole débarque le 26 avril 1729.

Moins de trois mois après cette arrivée, la rencontre entre le soldat bourguignon et la jeune Bretonne scelle leur destin. Le 9 juillet 1729, un contrat de mariage est rédigé par Denis Leroux. Deux jours plus tard, le 11 juillet 1729, Louis, âgé de 23 ans, épouse officiellement Nicole au Port-Bourbon, lors d'une cérémonie célébrée en la paroisse Notre-Dame des Anges à Pamplemousses.

Installé sous les tropiques, le couple fonde une famille unie et donne naissance à douze enfants. Parmi eux, Joseph et Élisabeth choisiront plus tard de s'installer à l'île Bourbon.  Parallèlement à sa vie de famille, Louis poursuit ses obligations militaires et monte en grade, devenant sergent en 1735 au sein de la compagnie d'Hauterive, un poste qu'il occupe jusqu'au début de l'année 1744. Toujours au service de la Compagnie des Indes, un nouveau changement de cap majeur intervient le 1er avril 1747. Pris en remplacement à l'île de France, il réembarque pour une nouvelle campagne militaire, cette fois-ci à bord du vaisseau l'Achille, avec la solde de sergent fixée à 19 livres et 10 sols par mois. Ce navire, armé initialement pour Pondichéry et parti de Lorient en juin 1745, navigue à travers un vaste périple reliant le Brésil, l'Inde, les Mascareignes, Madagascar et l'Angola. Ce long voyage itinérant conduit de nouveau Louis Marchand vers de lointains horizons, le menant cette fois jusqu'en Martinique.

C'est aux Antilles que s'achève brusquement l'existence de ce grand voyageur. Le 7 février 1748, alors qu'il se trouve en garnison ou en escale à Fort-Royal (aujourd'hui Fort-de-France) en Martinique, Louis Marchand s'éteint à l'âge de 41 ans. Il laisse derrière lui son épouse Nicole et leurs nombreux enfants à l'île de France, gravant son nom dans l'histoire coloniale et reliant à jamais la Bourgogne, l'océan Indien et les Caraïbes. Dix ans après la perte de son époux, le 25 avril 1758, Nicole Mercier s'éteindra à son tour à Saint-Louis, sur cette île Maurice qui l'avait accueillie.

Parmi les douze enfants du couple Marchand/Mercier se trouve Elisabeth Marchand, mon aïeule, qui viendra perpétuer notre lignée familiale. Bien plus tard, le 1er mars 1756, cette dernière s'unira à François Claude Boulle (dit de La Chapelle) lors d'un mariage célébré à Port-Louis, sur cette même île Maurice.

De l'union d'Elisabeth naîtront les petits-enfants de Louis. Elle donne d'abord naissance à François Michel Boulle (dit de La Chapelle) le 4 novembre 1756 à Port-Louis, puis à Jean Jacques Boulle (dit de La Chapelle) vers 1757. Au total, Elisabeth aura eu plusieurs enfants, parmi lesquels se trouve mon autre aïeul, François Simon, né en 1763.

Le destin de la famille bascule tragiquement au cours de cette même année 1763. Le 2 août 1763, son mari François Claude Boulle s'éteint à Paris, laissant Élisabeth prématurément veuve avec ses jeunes enfants en bas âge.

Face à cette douloureuse perte, Élisabeth Marchand doit entreprendre un voyage majeur pour retourner s'installer à l'île de France. C'est ainsi qu'au cours de l'année 1765, elle s'embarque à Lorient en tant que passagère à l'office et aux frais de la Compagnie des Indes. Elle effectue cette grande traversée à bord du Beaumont, un imposant vaisseau de la Compagnie mesurant 900 tonneaux, armé de 20 canons, comptant 160 hommes d'équipage et placé sous le commandement du capitaine Jean Christy de La Pallière. Pour ce long voyage de retour, la veuve Boulle n'est pas seule : elle voyage accompagnée de quatre de ses enfants. On retrouve ainsi à ses côtés l'aîné François Michel (âgé de 8 ans), Jean Jacques (7 ans), la jeune Élisabeth (5 ans) et le petit François Simon (alors âgé de seulement 2 ans). C'est finalement le 20 juin 1765 que le navire jette l'ancre, permettant à toute la petite famille de débarquer à l'île de France.

Plus tard, son fils François Simon choisira à son tour de traverser l'océan pour s'installer et se marier à l'île Bourbon (l'actuelle Réunion). C'est là-bas qu'il s'unira à Françoise Robert le 17 octobre 1799, à Saint-André. De leur mariage naîtra mon aïeule, Marie Félicie, qui poursuivra l'histoire familiale de ma lignée paternelle en s'unissant plus tard à Louis St Ange Picard, en 1840, à Saint-Joseph.

En l'espace de quelques décennies, le parcours de Louis Marchand et de sa lignée illustre les grands mouvements migratoires et militaires de la France du XVIIIe siècle. Parti d'une modeste paroisse de la Nièvre, ce soldat de la Compagnie des Indes aura traversé les océans pour implanter durablement sa famille dans les Mascareignes. Des plaines de Bourgogne aux côtes de la Martinique, en passant par l'île de France et l'île Bourbon, les alliances successives de ses descendants de ma lignée paternelle, de sa fille Elisabeth à sa petite-fille Marie Félicie, ont solidement ancré cette généalogie au cœur de l'histoire de l'océan Indien.


Sources :

Archives départementales de Paris

Anom

Site la mémoire des hommes

Site Lorient et compagnies

Les défricheurs de l'île de France, Octave Bechet

Maurice, une ile et son passé, d'Antoine Geslin





MARIAGE D ELISABETH MARCHAND AVEC BOULLE DIT DE LA CHAPELLE FRANCOIS
MARIAGE D ELISABETH MARCHAND AVEC BOULLE DIT DE LA CHAPELLE FRANCOIS
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