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L'ODYSSÉE DE MANUEL DE MATTE : DE PORTO A L'OCÉAN INDIEN

18/03/2026

Fils de Baltazar De Matos et de Catarina Duarte Coutinho, Manoel De Matos voit le jour à Porto, au Portugal, avant d'émigrer avec ses parents vers Rio de Janeiro. De l'union de ses parents naissent sept enfants, ancrant la famille dans le paysage colonial brésilien.

C'est au Brésil, au sein de l'abbaye de Tous-les-Saints, qu'il lie son destin à celui du futur gouverneur en s'engageant pour une durée de trois ans comme cordonnier au service du sieur Vauboulon.

Les pièces du procès de ce dernier précisent que le gouverneur est arrivé à l'île Bourbon le 5 décembre 1689 à bord du Saint-Jean-Baptiste. Par conséquent, tout porte à croire que Manoel a effectué la traversée depuis le Brésil aux côtés de son employeur pour rejoindre l'île à cette même date.

Cinq ans après son arrivée, le 29 juin 1694 à Saint-Paul, Manoel scelle son intégration à la colonie en épousant Louise Royer, fille de Guy Royer (dit « l'Éveillé ») et de Françoise Do Rosario une indo-portugaise. De cette union naissent sept enfants, dont mon aïeule Anne de Matte. C'est à cette période que son patronyme d'origine portugaise est francisé en « de Matte Manuel » sur les registres d'état civil, alors que la famille s'établit entre les quartiers de Saint-Denis et de Sainte-Suzanne.

Cette assise familiale et géographique s'accompagne rapidement d'une reconnaissance officielle au sein de l'organisation militaire de l'île. En effet, un an après son installation comme commandant de Bourbon (le 15 août 1696), Joseph Bastide informe le ministre de la Marine, le comte de Pontchartrain, de la création d'une milice composée de 89 habitants armés.

Manoel de Matte y joue un rôle de premier plan : il est nommé sergent de la compagnie regroupant Saint-Denis et Sainte-Suzanne, servant sous les ordres du capitaine Denis Turpin et de l'enseigne François Garnier. Tandis qu'à Saint-Paul, des hommes comme Henry Grimaud ou Antoine Bruslot occupent des fonctions similaires, tous sont placés sous la haute autorité du commandant Joseph Bastide et de son lieutenant, Noël de Forges.

Cependant, cette stabilité prend fin brusquement au début du XVIIIe siècle. Selon les travaux du père Barassin, Manuel vend ses terres à Jacques Pitou afin de quitter l'île Bourbon. Le 5 avril 1707, il s'embarque avec toute sa famille sur le navire le Saint-Louis à destination de l'Inde. La famille s'établit à Pondichéry, où ses deux filles aînées, Marianne et Geneviève, ne tardent pas à se marier.

C'est dans ce contexte indien que semble se nouer un drame familial. En juin 1707 à Pondichéry, Louise Royer donnait naissance à une petite Brigitte, dont on perd ensuite la trace. Lorsque Manuel décide, quelques années plus tard, d'organiser le retour de ses autres enfants vers Bourbon, Brigitte est absente des actes. Je suppose donc que l'envoi de Louise et d'Anne, mon aïeule, fait suite au décès de leur mère. L'absence de la petite dernière suggère qu'elle a probablement succombé en bas âge, ou qu'elle est morte à la naissance avec sa mère.

Seul face à cette situation, Manuel de Matte se résout à confier ses deux filles à leur oncle par alliance, Pierre Boisson. Depuis Pondichéry, il s'engage à payer leur passage en comptant sur des créances que lui doit le sieur Dumesnil à Bourbon. Le 6 juin 1710, Pierre Boisson fait saisir ces sommes entre les mains de Jacques Auber, le mandataire de Manuel, garantissant ainsi le retour sécurisé de Louise et d'Anne sur leur terre natale.

Le sort continue de s'acharner sur la branche restée en Inde : Marianne et Geneviève s'éteignent prématurément, respectivement en 1716 et en 1721. Quant à son fils unique, Alexandre, sa trace se perd définitivement dans les archives coloniales.

Un dernier mystère plane sur la fin de Manuel lui-même. Les registres de Chandernagor révèlent un acte de décès au nom de Manuel de Matte, matelot sur un navire indien, décédé à l'âge de 38 ans le 15 octobre 1719. Bien que cet homme soit déclaré natif de Lisbonne et non de Porto, la coïncidence est troublante. S'agit-il de mon aïeul ou d'un homonyme ? L'absence de filiation sur l'acte laisse la question ouverte.

Malgré les tragédies ayant frappé la famille en Inde, l'avenir des de Matte s'est durablement enraciné à Bourbon grâce au retour de Louise et d'Anne. Devenues adultes sur leur île natale, les deux sœurs y ont fondé des foyers qui font aujourd'hui partie de l'histoire coloniale de l'île.

Louise de Matte, l'aînée, se marie à Saint-Denis le 8 octobre 1715 avec Antoine Vidot. Elle s'éteint le 9 janvier 1755 à Sainte-Suzanne, après une vie passée dans les quartiers où son père avait autrefois servi comme sergent de milice.

Quant à mon aïeule Anne de Matte, elle épouse François Grondin le 6 mai 1721 à Saint-Denis. De cette union naissent sept enfants, assurant la pérennité de la descendance. Anne s'éteint à l'âge de 59 ans, le 18 mars 1764 à Saint-André. Par son mariage et sa nombreuse progéniture, elle a permis à l'héritage de Manuel de Matte de traverser les siècles, transformant le périple incertain d'un cordonnier portugais en une lignée solidement établie dans l'histoire réunionnaise.

Quoi qu'il en soit, seules Louise et Anne, par leur retour à Bourbon, auront permis à la lignée de survivre, emportant avec elles le souvenir de cette épopée entre trois continents.



Sources :

ANOM - AD 974

Site Géni.com

Site Robert Bousquet

Site Gallica actes d'état civil de Pondichéry de 1676/1735

Site Voyeaud.org

Collection Margry


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