LES ÎLES CHAGOS : L'HISTOIRE OUBLIÉE DES FAMILLES DE L’OCÉAN INDIEN

03/01/2026

Après l'histoire tragique des enfants de la Creuse à La Réunion🇷🇪, nous aborderons celle des Chagos.🇲🇺

Il y a des histoires que l'océan Indien murmure encore à ceux qui savent l'écouter. Celle des Chagos en fait partie. Longtemps enfouie dans les mémoires, elle ressurgit aujourd'hui avec la rétrocession à Maurice - cette terre qui n'a jamais cessé de réclamer ses enfants perdus.

En recherchant vos ancêtres mauriciens 🇲🇺 ou seychellois, 🇸🇨  vous êtes-vous déjà demandé pourquoi certaines branches familiales semblent s'arrêter brutalement dans les années 1970 ? L'histoire des Chagos pourrait bien détenir la réponse...

Un petit paradis créole au cœur de l'océan Indien

Imaginez un archipel perdu au milieu de l'océan Indien, où vivaient paisiblement 2000 personnes. Ces Chagossiens, comme on les appelait, étaient nos cousins : descendants d'esclaves africains, d'engagés indiens, de colons français, métissés au fil des générations avec des familles venues de Maurice, des Seychelles, de Rodrigues.

Leurs noms de famille vous diraient peut-être quelque chose : Alexis, Bancoult, Furcy, Michel... Des patronymes que l'on retrouve encore aujourd'hui dispersés dans toutes les îles de notre région.

Ces familles vivaient de la pêche, cultivaient leurs jardins créoles et travaillaient sur les plantations de cocotiers. Ils avaient leur langue créole, leurs traditions, leurs églises. Une petite société insulaire qui ressemblait à bien d'autres dans notre océan Indien, sauf qu'elle allait connaître un sort tragique.

Car l'histoire des Chagos suit celle de toutes nos Mascareignes : découvertes par les Portugais en 1512, colonisées par la France au XVIIIe siècle avec leurs plantations d'esclaves, puis conquises par les Britanniques en 1814 qui les rattachent à Maurice. Une chronologie familière à tous nos archipels... jusqu'au détournement de 1965.

Tout bascule avec la Guerre froide. En 1965, juste avant l'indépendance de Maurice, les Britanniques détachent l'archipel des Chagos pour créer un "territoire britannique de l'océan Indien". Pourquoi ? Pour offrir Diego Garcia, la plus grande île, aux Américains qui veulent y installer une base militaire stratégique.

Cette décision a été prise malgré les revendications constantes de Maurice sur l'archipel, qui considérait les Chagos comme une partie intégrante de son territoire.

Le problème : il y a des gens qui vivent là depuis des générations. La solution britannique ? Nier leur existence. Dans les documents officiels, ils ne sont plus que des "travailleurs temporaires".

L'expulsion sournoise (1966-1973)

Ce qui suit ressemble à un mauvais roman, mais c'est bien la réalité qu'ont vécue nos familles. Les autorités ne débarquent pas avec des fusils pour expulser tout le monde d'un coup. Non, c'est bien plus pervers.

D'abord, on interdit aux Chagossiens partis en vacances à Maurice ou aux Seychelles de rentrer chez eux. Puis on arrête d'approvisionner les îles en nourriture et médicaments. Le coup de grâce : on empoisonne et on gaze tous les chiens des familles, ces compagnons fidèles qui faisaient partie de la vie quotidienne créole.

En 1971, les derniers habitants de Diego Garcia sont entassés dans des cargos comme du bétail. En 1973, c'est fini : plus personne ne vit dans l'archipel.

L'exil : de paradis en bidonville

Imaginez : du jour au lendemain, vous vous retrouvez sans ressources dans les bidonvilles de Port-Louis ou de Mahé. Votre maison, votre jardin, votre cimetière familial, tout a disparu. Vous ne pouvez même plus vous recueillir sur la tombe de vos parents.

Beaucoup de Chagossiens n'ont jamais surmonté ce traumatisme. L'alcoolisme, la dépression, le suicide ont frappé ces familles déracinées. Certains ont réussi à reconstruire leur vie, d'autres sont morts de chagrin, littéralement.

Pour nous, généalogistes : des pistes perdues

Cette tragédie a des conséquences directes sur nos recherches familiales. Beaucoup d'archives sont perdues, les familles dispersées aux quatre vents. Un grand-père né à Diego Garcia, des petits-enfants citoyens britanniques, des cousins mauriciens... Comment reconstituer ces parcours éclatés ?

Heureusement, la mémoire orale chagossienne est forte. Les anciens racontent, transmettent. Ils se souviennent des mariages, des naissances, des liens familiaux. Pour retrouver nos ancêtres chagossiens, c'est souvent notre seul recours.

2024 : un espoir, mais...

En octobre 2024, coup de théâtre : après 50 ans de bataille juridique, la Grande-Bretagne rend enfin la souveraineté des Chagos à Maurice. Mais les Américains gardent leur base sur Diego Garcia pour 99 ans encore.

Les Chagossiens espèrent enfin pouvoir rentrer, au moins sur certaines îles. Mais après tant d'années, qui voudra vraiment recommencer une vie de zéro sur des atolls isolés ? 

Ce que cette histoire nous apprend

L'histoire des Chagos nous rappelle que nos familles de l'océan Indien ont souvent vécu des drames que l'Histoire officielle préfère oublier. Esclavage, engagisme, déportations... Ces épreuves font partie de notre héritage familial.

Mais elle nous montre aussi la résistance extraordinaire de nos ancêtres. Malgré tout, la culture chagossienne survit. Leurs descendants continuent de se battre, de transmettre, de se souvenir.

Pour nous, généalogistes, c'est un rappel : derrière chaque nom sur un arbre généalogique, il y a une histoire humaine. Parfois joyeuse, parfois tragique, toujours digne d'être racontée.

Les Chagossiens attendent toujours de rentrer chez eux. En attendant, ils vivent parmi nous, mais aussi à Maurice, aux Seychelles, à la Réunion et en Angleterre. Ils sont nos voisins, nos amis, notre famille. Leur histoire est aussi la nôtre.

Et vous, chers lecteurs, connaissiez-vous cette tragédie ? Cette histoire des Chagos avait-elle déjà croisé vos recherches généalogiques ? 







📚 Sources :

Archives nationales de Maurice - Fonds Chagos

BANCOULT, Olivier. Un peuple oublié : Les Chagossiens, L'Harmattan, 2008

PROSPER, Jean-Georges. "Histoire de la décolonisation de l'archipel des Chagos", Revue historique des Mascareignes, 2019