LE DESTIN DE FRANÇOIS LE BAYEC : L'ANCÊTRE BRETON DEVENU « KERAUTRET » SOUS LES TROPIQUES

25/02/2026

Francois LE BAYEC, issu de ma branche maternelle, est né le 22 novembre 1706 à Brest et a été baptisé le lendemain à la paroisse des Sept-Saints, avec pour parrain François FOUGER et pour marraine Marie SENERE. Fils de François LE BAYEC et de Françoise KERLEO (ou KERLAU), il est issu d'une famille paternelle originaire des Côtes d'Armor et d'une famille maternelle du Finistère. 

À ce stade de mes recherches, je souhaite faire une mise au point sur le changement de son nom patronymique. Au début du XVIIIᵉ siècle, Kerautret était un lieu-dit ancien de la paroisse de Plougoulm, dans le diocèse de Léon. Ce domaine rural, attesté depuis le Moyen Âge avec son manoir et son moulin, dépendait de l'organisation paroissiale de l'Ancien Régime. À cette époque, il arrivait que l'on indique l'origine géographique d'une personne après son nom dans certains actes civils ou religieux, notamment lorsqu'elle s'éloignait de sa région natale, bien que ce ne soit pas une pratique systématique.

Ainsi, la mention « LE FAYEC de Kerautret, diocèse de Léon » figurant sur l'acte de mariage à La Réunion ne désigne ni une particule nobiliaire ni un nouveau patronyme, mais le lieu d'origine précis de l'individu. Lors de l'établissement des registres coloniaux, cette indication locale a pu être interprétée à tort comme un nom de famille, entraînant la transformation de « LE FAYEC de Kerautret » en « De Quérotret ou « Quérotret » pour toute sa descendance. Ce phénomène, observé dans le contexte colonial, a fini par substituer le nom du hameau breton au patronyme initial de l'ancêtre, qui était bien LE BAYEC.

François grandit dans une France marquée par des crises climatiques et des bouleversements politiques majeurs. À l'âge de 2 ans, il subit le « Grand Hiver » de 1709, une vague de froid d'une intensité rare qui fige le royaume entre janvier et février, provoquant une famine dévastatrice et une mortalité extrêmement élevée. En 1713, alors qu'il a 6 ans, la signature du premier Traité d'Utrecht met fin à la guerre de Succession d'Espagne, redessinant les frontières coloniales au profit de la Grande-Bretagne.

L'année suivante, en 1714, le jeune François est endeuillé par le décès de sa grand-mère maternelle, Marguerite PRINGENT, à Morlaix. Quelques semaines plus tard, le second Traité d'Utrecht est ratifié, confirmant les pertes territoriales françaises en Amérique du Nord. En septembre 1715, alors qu'il n'a que 8 ans, la mort de Louis XIV marque la fin d'un règne séculaire ; le pouvoir passe entre les mains du régent Philippe d'Orléans, le futur Louis XV n'ayant que 5 ans.

Son adolescence est rythmée par les soubresauts du royaume. En 1720, l'année de ses 13 ans, la France est secouée par deux événements majeurs : la terrible épidémie de peste de Marseille, qui fait plus de 90 000 victimes dans le Sud, et la banqueroute du système de Law en octobre, qui ruine de nombreux épargnants. Enfin, le 25 octobre 1722, à l'âge de 15 ans, il voit l'avènement officiel de Louis XV, dit « Le Bien-aimé », qui commence son règne personnel à sa majorité. François demeure en métropole jusqu'à l'âge de 25 ans, date de son départ pour l'île Bourbon.

Si les raisons précises de son départ pour l'île Bourbon restent inconnues, son parcours maritime est documenté par le site de la Mémoire des Hommes. François embarque le 15 mars 1732 à Lorient sur le navire le Héron, un bâtiment de 450 tonneaux armé de 24 canons. Pour cette traversée, il a été engagé comme maître valet au sein d'un équipage de 128 membres commandé par le Capitaine Jean-Baptiste Baudran de La Ryaudais.

Le navire suit une route passant par Ténériffe puis Madagascar, avant de faire voile vers l'Inde. C'est au cours de ce voyage, le 25 octobre 1732, que François débarque à l'île Bourbon pour des raisons de santé, mettant ainsi un terme à sa traversée.

Une fois installé à l'île Bourbon, François entame une nouvelle étape de sa vie marquée par la fondation de sa famille. Il s'unit le 17 février 1744 à Saint-Benoît avec Julienne DULAUROY, avec qui il aura un total de huit enfants. Le site de Robert Bousquet mentionne d'ailleurs en bas de page que, selon l'ouvrage de Ricquebourg, il est désigné comme ancien écrivain du Roi à la date du 17 février 1744. 

Parmi eux, sa fille Marie Françoise, mon aïeule naît le 30 octobre 1743 à Saint-Benoît. Sur son acte de naissance, elle est inscrite sous le nom de QUEROTRET, tandis que François y est désigné comme le père ayant reconnu l'enfant. Ce n'est que quelques mois plus tard, que François et Julienne régularisent leur situation en se mariant à Saint-Benoît.

Durant ces années, il est le témoin de changements administratifs et de conflits lointains qui impactent la vie de la colonie. Le 1er janvier 1737, la tenue des registres paroissiaux en double exemplaire devient obligatoire, assurant une meilleure conservation des actes civils. C'est dans ce contexte de rigueur administrative croissante que le nom de Kerautret (ou ses variantes comme Querotret) finit par s'imposer définitivement dans les registres, confirmant la mutation de son identité bretonne en un nouveau patronyme colonial.

Parallèlement, la vie de François est jalonnée de plusieurs procédures judiciaires devant le Conseil Supérieur de l'île, où son nom apparaît sous diverses orthographes. Le 20 août 1746, il est condamné par défaut à trois reprises sous le nom de François Querotret :

Il doit payer dix piastres à Marc Ribenaire pour la valeur d'une montre vendue plusieurs années auparavant.

Il est condamné à verser soixante-cinq piastres et quatre réaux à Guillaume Joseph Jorre pour des marchandises livrées.

Il doit également neuf piastres, cinq réaux et un fanon à Antoine Duval pour d'autres fournitures.

Les litiges financiers se poursuivent les années suivantes. Le 15 mai 1748, sous le nom de Sieur Querotree, il est condamné à payer vingt-deux piastres à Olivier Kerfurie. En avril 1750, il est de nouveau condamné, sous le nom de Krotrec, à payer cent trente-sept livres et dix sols à Julienne Ohier. Le 1er juillet 1750, il doit verser quarante piastres à Denis Dumielle pour un billet souscrit en 1743.

Enfin, le 13 janvier 1751, François — cette fois-ci désigné sous le nom de François Kerautret — engage lui-même une action en justice contre son beau-père, Pierre Dulauroy. Il demande le partage des biens de la communauté suite au décès de sa belle-mère, Marie Robert, affirmant que son beau-père jouit indûment des terres et des esclaves appartenant à la succession. Le Conseil donne raison à François et ordonne le partage des biens conformément à la Coutume de Paris.

L'année 1761 marque un tournant définitif pour la famille de François, désormais bien établie à Saint-Benoît. Le 14 avril 1761, à l'âge de 54 ans, il assiste au mariage de sa fille, Marie Françoise QUETROTET avec Henry POSE. Cette union illustre une nouvelle fois la coexistence des différents patronymes, avant que le nom de Quérotret ne se fixe totalement pour les générations à venir.

Cependant, cette période de célébration est rapidement suivie par un deuil profond. Quelques mois plus tard, le 3 août 1761, son épouse Julienne DULAUROY décède à Saint-Benoît. Ce décès survient alors que François est âgé de 54 ans, mettant fin à une union de plus de dix-sept ans, durant laquelle ils ont élevé leurs huit enfants et traversé les multiples aléas, tant personnels que judiciaires, de la vie coloniale à l'île Bourbon.

Deux ans plus tard, il se remarie sous l'état-civil de Quérotrec le 30 août 1763 à Saint-Benoît avec Grondein Marie Catherine. Sa fille Marie Catherine est enregistrée sous le nom de Quérotret.

Quinze ans plus tard, François voit sa lignée se poursuivre avec la naissance de sa petite-fille, Marie Henriette POSE, née le 15 décembre 1776 à Saint-Benoît. Elle est la fille de Marie Françoise Kerautret et de son époux Henry Pose. François est alors âgé de 70 ans lors du baptême de l'enfant, célébré le 27 décembre 1776.

François s'éteint finalement le 1er mars 1789 à Saint-Benoît, à l'âge de 82 ans. Signe ultime de la mutation de son identité tout au long de son existence, les registres consignent son décès sous le nom de QUEROTRE, scellant ainsi la transition de son patronyme originel breton vers cette nouvelle appellation coloniale.

L'histoire de François LE BAYEC illustre parfaitement la trajectoire de ces pionniers bretons dont l'identité s'est transformée au fil des embruns et des registres coloniaux. Parti de Brest avec son nom de naissance LE BAYEC, il s'éteint à Saint-Benoît sous celui de QUEROTRE, après avoir vu son hameau d'origine, Kerautret, devenir le nouveau patronyme de sa lignée. Aujourd'hui, chaque porteur de ce nom à La Réunion descend de ce maître valet devenu écrivain du Roi, dont le parcours lie à jamais les terres du Léon aux rivages de l'est de l'île Bourbon.

Par ailleurs et pour clore cette épopée, la reconstitution de ce parcours familial a représenté un véritable défi de recherche. En effet, la localisation des actes d'état civil a été complexifiée par la présence de nombreuses variantes graphiques pour le patronyme KERAUTRET (bien que ce dernier ne soit pas son nom officiel). Ces fluctuations orthographiques, courantes dans les registres anciens, ont nécessité un travail de recoupement minutieux pour confirmer la filiation et l'identité exacte des individus cités.



Sources :

AD 29 et 22 

ANOM

Site la mémoire des hommes

Cercle généalogique du Finistère

Cercle généalogique Bourbon

Site Robert Bousquet

Site ile de la Réunion archives

ACTE DE MARIAGE - ANOM
ACTE DE MARIAGE - ANOM