
LAURET JOSEPH, FRÈRE IRLIDE-MICHEL : LE SOURIRE DANS LA SOUFFRANCE
Lauret Joseph Antoni voit le jour le 15 juin 1873 à Saint-Joseph, sur l'île de la Réunion, au sein d'une famille profondément pieuse. Dès son enfance, ce fils de Paul Laurent Lauret et d'Émilie Vitry se distingue par sa douceur et sa sagesse, devenant rapidement le modèle des écoliers de sa paroisse natale. C'est donc sans surprise pour son entourage qu'à l'aube de ses quatorze ans, le 18 mai 1887, il quitte les siens pour rejoindre le noviciat de Saint-Denis. Quelques mois plus tard, il y revêt l'habit religieux sous le nom de Frère Irlide-Michel. Dès ses débuts, le jeune homme se tourne entièrement vers Dieu, offrant son écoute et son aide bienveillante aux autres postulants pour les aider à surmonter les doutes de l'engagement.
Sa formation prend un tournant international en 1888, lorsqu'il est envoyé en métropole pour parfaire ses compétences pédagogiques et religieuses. Du noviciat de Saint-Maurice-l'Exil au scolasticat de Moulins, où il prononce ses premiers vœux, ses compagnons restent unanimes face à sa simplicité et sa piété authentique. Devenu enseignant, il se consacre d'abord aux classes de jeunes enfants à Villeneuve-sur-Yonne, Pithiviers, puis Sancerre. Cependant, la maladie rattrape brutalement le jeune religieux : en 1897, une première attaque de paralysie le frappe, l'obligeant à retourner à Moulins pour y recevoir des soins. Espérant que le climat de son île natale favorisera sa guérison, ses supérieurs choisissent de le renvoyer à la Réunion la même année.
Après un bref passage par Saint-Paul, le Frère Irlide-Michel s'établit définitivement à Saint-Denis, où il passera les sept dernières années de sa vie. Malgré des souffrances physiques quasi continuelles qui transforment son quotidien en un véritable chemin de croix, il accomplit sa mission avec un zèle et un dévouement qui forcent l'admiration. À ceux qui s'enquièrent de sa santé, il répond invariablement, un sourire aux lèvres : « Je souffre, oui ; mais je suis content : je fais la volonté de Dieu. » C'est au pied du crucifix, sur lequel il a inscrit les vœux de sa vie entière — Pauvreté, Chasteté, Obéissance —, qu'il puise cette force surhumaine. Loin de se plaindre, il s'efforce de rester joyeux, de s'oublier lui-même et de rechercher l'humilité. Le 30 août 1901 marque l'apogée de sa vie spirituelle lorsqu'il fait sa profession religieuse définitive, un jour qu'il décrira comme une entrée par anticipation dans le ciel.
Au sein de la communauté, il brille par sa charité discrète et son obéissance absolue. Toujours prêt à rendre service, il ne prétexte jamais ses douleurs pour refuser une tâche ou une surveillance supplémentaire. En dehors des cours, sa grande joie réside dans la décoration des autels, particulièrement celle de la statue de saint Joseph, son patron de naissance qu'il vénère profondément. Malgré un corps qui le lâche peu à peu, il se traîne péniblement jusqu'à la chapelle pour assister aux offices, refusant de s'isoler de ses frères qu'il affectionne tant. Dans sa classe, son influence sur les enfants est immense ; il les prépare avec un soin remarquable à la confession et à la première communion, gagnant au passage la haute estime des parents et de l'aumônier.
En 1902, une seconde alerte médicale suspend brièvement son activité, mais il parvient à reprendre le chemin de l'école. Rien ne laisse alors présager que la fin est proche. Pourtant, en septembre 1904, une violente fièvre rémittente-bilieuse le terrasse. Alors que le médecin se montre encourageant et annonce une convalescence, une nouvelle attaque de paralysie frappe le Frère Irlide-Michel le 19 septembre, le privant définitivement de la parole et immobilisant son côté droit. Après une nuit d'agonie particulièrement douloureuse, entouré des prières de sa communauté et ayant reçu les derniers sacrements, il s'éteint paisiblement au lever du jour, le 20 septembre 1904. Il n'avait que 31 ans. Ses obsèques, célébrées en présence de son père et de nombreux prêtres de la colonie venus lui rendre un dernier hommage, témoignent du souvenir lumineux laissé par ce religieux exemplaire.
Source : Les archives Lasalliennes



