
L’ÉTRANGE DESTIN D’ADAM JAMS, D’OSTENDE A BOURBON
Mon ancêtre Adam Jams issu de ma lignée paternelle, que l'on retrouve aussi sous le nom d'Adolf Yanse ou d'Adam Johnson ou « dit la Tour », a eu une vie digne d'un roman d'aventures.
Originaire d'Ostende (ville actuellement située en Belgique, mais qui appartenait au moment de sa naissance aux Pays-Bas espagnols) où il naît vers 1701, il arrive sur l'île Bourbon en 1724 dans des circonstances très particulières : Ancien compagnon du pirate John Clayton, il n'est pas seulement un forban cherchant l'oubli, mais un homme sur qui les autorités comptent pour sa connaissance du milieu.
En effet, comme le rapporte l'historien Albert Lougnon dans son ouvrage sur l'île Bourbon sous la Régence, Adam est choisi pour assister le Chevalier de Pardaillan dans une mission diplomatique délicate auprès des autres pirates à Sainte-Marie (Madagascar). Promu « racoleur » et embarqué sur la Vierge de Grâce, il est chargé de porter les réponses du gouverneur Desforges-Boucher aux célèbres chefs pirates Bohony et La Buse. Sa mission ? Convaincre ces « gentilshommes de fortune » que l'amnistie les attend à Bourbon et les inviter à monter à bord avec leurs esclaves.
Pour prouver sa bonne foi et garantir sa loyauté lors de cette mission, Adam dépose au greffe, un gage de caution pour le moins étincelant : une petite tabatière d'agate cerclée d'argent, remplie de diamants, tant gros que petits.
Finalement pour s'intégrer à cette nouvelle terre, il doit faire amende honorable. Le 22 juillet 1725, sous le nom d'Adolf Yanse, il abjure sa foi protestante passée et change son nom dans les registres d'état civil en Adam JAMS. Quelques jours plus tard, il fait un geste symbolique fort en offrant 500 piastres pour la fondation d'un hôpital. Cette intégration est officiellement scellée le 4 novembre de la même année, lorsqu'il reçoit l'amnistie du Conseil Supérieur de Bourbon au nom du Roi.
Sa vie familiale à Saint-Paul est marquée par deux mariages et une descendance nombreuse qui a traversé les siècles. En août 1725, il épouse Françoise Ruelle qui lui donne un fils unique, Jean-Baptiste, avant de s'éteindre prématurément en 1729.
Adam se remarie dès février 1730 avec Agathe Lautret. De cette seconde union naîtront onze enfants, dont mon aïeule Catherine Jams, qui porte ainsi l'héritage de ce destin hors du commun. Par ces alliances, Adam s'ancre définitivement dans la société locale, bien que tout ne soit pas toujours de tout repos.
Les archives judiciaires nous apprennent par exemple qu'en 1727, il est condamné à payer une dette de 25 livres et 10 sols au chirurgien Fillot pour des médicaments. Plus insolite encore, en mai 1733, il perd un procès contre les Hoarau : son chien, décrit comme « blanc et rouge », avait tué des moutons et des brebis durant la nuit. Adam fut condamné à remplacer le bétail et l'affaire fut si sérieuse qu'elle entraîna un arrêté général contre les chiens errants, lu à l'issue de la messe !
Au fil des années, Adam Jams devient un propriétaire terrien et un éleveur d'importance à Saint-Paul. En 1735, il déclare l'un des cheptels les plus importants du quartier avec 209 têtes de bétail. Sa richesse repose également sur l'exploitation d'une main-d'œuvre servile dont l'évolution témoigne de l'histoire sombre de l'île : s'il possède 20 esclaves à son arrivée, ce nombre grimpe à 25 après l'épidémie de variole de 1729, pour atteindre une soixantaine de personnes vers 1749. Il mène alors une véritable « politique nataliste » sur son habitation pour accroître sa main-d'œuvre.
Ce fils d'Ostende, autrefois pirate des mers, s'éteint finalement à Saint-Paul le 18 mars 1769, laissant derrière lui une lignée solidement établie dans l'histoire de la Réunion, dont je descends aujourd'hui.
Sources :
AD 974 - ANOM
Site Robert Bousquet
Livre Albert Lougnon L'île Bourbon sous la Régence





