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JULIEN LEPINAY : DE NANTES A BOURBON, LE DESTIN D’UN PIONNIER

28/03/2026

Julien Lépinay voit le jour à Nantes le 17 septembre 1671, dans une famille profondément enracinée dans la ville. Il est baptisé deux jours plus tard, le 19 septembre, en présence de son parrain, Thomas Guichard, et de sa marraine, Marie Lubey. Fils de Julien Lépinay et de Jeanne Chesnay, tous deux Nantais, il grandit dans un foyer uni depuis le mariage de ses parents, célébré le 20 janvier 1665 à Nantes.

Son histoire familiale s'inscrit dans le tissu de la vie nantaise du XVIIe siècle. Sa mère, Jeanne Chesnay, était elle-même née à Nantes le 11 février 1645, fille de Chesnay Noël et de Jeanne Le Duc. Son père, Julien Lépinay, y vivra toute sa vie jusqu'à son décès le 26 mai 1691.

Ainsi, à travers ces quelques dates et liens, se dessine le portrait d'une famille nantaise typique de son époque, où chaque événement — naissance, mariage, baptême ou décès — rythme et structure la mémoire familiale.

Alors que Julien Lépinay grandit dans les rues de Nantes, son enfance s'inscrit dans une époque marquée par des bouleversements politiques et religieux majeurs qui dépassent largement le cadre de sa ville natale.

Quelques années après sa naissance, le royaume de France se transforme et s'étend. Le 17 septembre 1678, date symboliquement proche de son anniversaire, la Traités de Nimègue viennent sceller la fin de la guerre de Hollande. À l'issue de ce conflit, la Franche-Comté est définitivement rattachée au royaume de France, illustrant la montée en puissance du pouvoir royal sous Louis XIV.

Mais c'est surtout un événement survenu durant son adolescence qui marque profondément le climat du pays. Le 17 octobre 1685, la Révocation de l'Édit de Nantes met fin à plusieurs décennies de tolérance religieuse envers les protestants. Par cet édit, le culte protestant est interdit, entraînant persécutions, conversions forcées — les tristement célèbres dragonnades — et l'exil de nombreux Français.

Dans une ville portuaire comme Nantes, ouverte sur le commerce et les échanges, ces bouleversements ont sans doute eu un écho particulier. Julien, encore jeune, grandit ainsi dans un royaume en pleine mutation, où les décisions du pouvoir royal viennent progressivement redessiner le quotidien et les mentalités.

C'est dans ce contexte troublé, entre affirmation du pouvoir royal et tensions religieuses, que se dessine peu à peu le destin de Julien Lépinay. Comme de nombreux jeunes hommes de son époque, il est amené à envisager un avenir au-delà de sa ville natale.

Le 5 décembre 1689, à l'âge de 18 ans, il franchit un cap décisif : il quitte Nantes pour s'embarquer vers l'île Bourbon — aujourd'hui appelée La Réunion — à bord du navire Saint Jean Baptiste. Cette émigration marque une rupture majeure dans sa vie, l'éloignant définitivement de son environnement familial et des rives de la Loire.

Ce départ s'inscrit dans le vaste mouvement d'expansion coloniale du royaume de France, qui pousse alors de nombreux jeunes Européens à tenter leur chance outre-mer. Pour Julien, ce voyage représente à la fois une aventure, une opportunité, mais aussi un saut dans l'inconnu, au cœur d'un monde en pleine transformation.

Cependant, cette nouvelle vie qui s'ouvre à lui est bientôt assombrie par une perte personnelle majeure. Tandis qu'il entame son existence loin de Nantes, une tragique nouvelle lui parvient ou le rattrape symboliquement à distance.

Le 26 mai 1691, son père, Julien Lépinay, décède à Nantes. À seulement 19 ans, Julien se retrouve ainsi confronté à la disparition de celui qui avait marqué ses premières années. Cet événement, survenu alors qu'il est déjà engagé dans son parcours d'émigrant, renforce la rupture avec sa terre natale et souligne la distance — désormais irréversible — qui le sépare de sa famille.

Ce deuil, vécu loin des siens, illustre la réalité souvent difficile de ces destins tournés vers l'ailleurs : partir, c'est aussi accepter de ne plus être présent pour les moments essentiels, et voir les liens familiaux se transformer à mesure que s'étend l'océan entre deux mondes.

Malgré cette épreuve, la vie de Julien Lépinay se poursuit sur cette terre lointaine, où il commence peu à peu à s'enraciner. Loin de Nantes et de son passé familial, il construit désormais son avenir dans un environnement nouveau, propre aux réalités de la colonie.

C'est ainsi qu'en juin 1694, à l'âge de 22 ans, il franchit une nouvelle étape importante en se mariant à Saint-Paul, sur l'île Bourbon, aujourd'hui La Réunion. Il épouse alors une créole mûlatresse Marie-Anne Lauret (également mentionnée sous le nom de Loret), avec qui il fonde une famille.

De cette union naîtront trois enfants : Jeanne (mon aïeule), Henry et Julien, assurant ainsi la continuité de la lignée Lépinay sur cette île lointaine. Ce mariage marque un tournant décisif dans son parcours : d'émigrant, Julien devient pleinement acteur de la société locale, participant à l'implantation durable de sa famille dans ce territoire en pleine construction.

Au fil des années, Julien Lépinay s'ancre durablement dans son nouveau territoire et organise sa vie au rythme de la colonie. Après un premier temps passé dans le nord de l'île, il s'établit ensuite dans l'ouest, du côté de Saint-Paul, sur l'actuelle La Réunion. C'est là qu'il acquiert une propriété connue sous le nom de « Bourbier », avant de poursuivre son installation vers le secteur des Sables, témoignant d'un parcours marqué par l'adaptation et la recherche de stabilité.

Sa vie, bien que marquée par ces nouvelles racines, demeure relativement brève. Il s'éteint à Saint-Paul aux alentours de l'année 1702, laissant derrière lui une jeune famille déjà implantée sur l'île.

Après sa disparition, son épouse Marie-Anne Lauret (ou Loret) poursuit son existence dans la colonie et se remarie à Saint-Paul avec Pierre Noël, originaire de l'île Saint-Christophe, dans les Petites Antilles. Ancien flibustier reconverti en pêcheur, celui-ci partage désormais sa vie. De cette seconde union naîtront neuf enfants, venant agrandir encore la famille.

Marie-Anne Lauret s'éteindra bien plus tard, le 29 août 1747 à Saint-Paul, traversant ainsi plusieurs décennies de l'histoire de l'île et incarnant, à sa manière, la continuité de ces premières familles établies à Bourbon.


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