
DE LA SAINTONGE AUX MASCAREIGNES : L'ODYSSÉE DE JEAN MÉTRAU/MÉTRO
Jean METRAU naît le 16 janvier 1756 à Chérac, en Charente-Maritime, au cœur de l'ancienne province de Saintonge. Il est baptisé le lendemain, conformément aux usages de l'époque, en présence de son parrain Jean Turpaud et de sa marraine Catherine GUILLON, sa tante. Il est le fils de Jean METRAU et de Marie GUILON/GUILLAU, appartenant à cette paysannerie rurale qui constituait l'essentiel de la population locale au XVIIIᵉ siècle.
Chérac au milieu du XVIIIᵉ siècle : un monde rural structuré par la terre
Au milieu du XVIIIᵉ siècle, la paroisse de Chérac présentait les traits caractéristiques des communautés rurales du sud-ouest du royaume de France. Située sur les rives de la Charente, entre Saintes et Cognac, elle vivait principalement d'une économie agricole fondée sur les cultures de subsistance et, de plus en plus, sur la viticulture.
Vers 1756, année de naissance de Jean METRAU, l'activité économique locale reposait presque exclusivement sur le travail de la terre. Les habitants cultivaient céréales, légumes et vignes, ces dernières occupant une place croissante dans le paysage rural. La production de vin et d'eaux-de-vie, encore peu organisée mais déjà essentielle, constituait une source de revenus non négligeable pour les exploitations. Les terres étaient exploitées sous forme de petites propriétés, de fermages ou de métayages, créant une dépendance étroite entre familles paysannes et propriétaires fonciers.
La Charente jouait un rôle structurant dans cette économie. Le fleuve permettait l'acheminement des productions agricoles vers les marchés régionaux, notamment Saintes et Cognac, favorisant les échanges commerciaux et l'ouverture de la paroisse sur un espace économique plus large que le simple cadre local.
Sur le plan social, Chérac était organisée selon une hiérarchie typique des campagnes d'Ancien Régime. La majorité de la population appartenait à la paysannerie, composée de cultivateurs, journaliers et métayers. Quelques familles de propriétaires fonciers, ainsi que le clergé paroissial, occupaient une position sociale plus élevée.
Les habitants étaient soumis à de nombreuses obligations seigneuriales et royales : paiement de la dîme, impôts directs et indirects, mais aussi charges collectives particulièrement impopulaires. Parmi celles-ci figurait la corvée royale, qui imposait plusieurs jours de travail gratuits chaque année, principalement pour la construction et l'entretien des routes. Cette obligation privait les paysans d'une partie de leur force de travail au moment même où ils en avaient le plus besoin pour exploiter leurs terres.
Le 5 janvier 1776, la corvée royale fut officiellement supprimée par une réforme de l'administration royale. Cette mesure, très attendue dans les campagnes, visait à remplacer le travail forcé par un impôt destiné au financement des infrastructures routières. Pour des communautés rurales comme Chérac, cette suppression représenta un soulagement réel, bien que les nouvelles charges fiscales n'aient pas toujours compensé les difficultés économiques persistantes.
À partir de la fin des années 1770 et au début des années 1780, le contexte économique régional se dégrada sensiblement. Mauvaises récoltes, disettes ponctuelles et pression fiscale accrue fragilisèrent les populations rurales de Saintonge. Ces difficultés accrurent la précarité des familles paysannes et réduisirent fortement les perspectives d'amélioration sociale.
C'est peut-être dans ce contexte de contraintes économiques durables et de transformations inachevées que Jean METRAU fit le choix d'émigrer vers les colonies françaises, perçues comme une alternative possible à un avenir incertain en métropole.
Un départ vers l'océan Indien
Les recherches effectuées dans les registres des contrôles et des matricules, consultables sur le site Mémoire des hommes, permettent de dresser un portrait précis de Jean METRAU. Fils de Jean et de Marie, il est originaire de Chérac, dans la juridiction de Saintes. Les signalements de l'époque nous décrivent un homme au visage rond, doté de cheveux et de sourcils châtains, d'yeux gris, d'un nez bien fait et d'une bouche moyenne.
Tapissier de métier, son itinéraire militaire est marqué par une certaine mobilité. Son parcours militaire est marqué par son incorporation, le 19 avril 1780, dans la compagnie des Grenadiers de Bonchamps. Le registre comporte également une rubrique relative aux régiments précédents ou aux situations de désertion, où sont mentionnés deux autres services : six mois au sein du régiment de Belsunce et un an dans celui de Bourbon Dragon.
C'est précisément ce dernier passage qui retient l'attention : sur le site de la Mémoire des hommes en 1781, Jean METRAU est signalé comme soldat embarqué depuis Saintes à destination de l'Île de France à bord du navire Sérapis. Cette date de 1781 correspond à la période d'un an de service mentionnée dans le corps d'élite. Ce départ vers les Mascareignes, mis en perspective avec son mariage célébré en 1786, coïncide parfaitement avec la période où sa présence est attestée à l'Île Bourbon. Cette convergence chronologique et géographique permet raisonnablement de conclure qu'il s'agit d'un seul et même individu.
Le navire sur lequel il s'embarque, le Sérapis, connaît un destin particulièrement mouvementé. Ancien bâtiment britannique capturé en 1779 lors de la guerre d'Indépendance américaine, il est ensuite cédé à la France et utilisé comme corsaire sous commandement civil.
En 1781, alors qu'il navigue au large de Madagascar, un incendie accidentel, provoqué par des vapeurs d'alcool, atteint la poudrière du bâtiment. L'équipage lutta contre l'incendie pendant plus de deux heures, mais le feu atteignit finalement une soute à poudre. L'explosion qui s'ensuit entraîne le naufrage du Sérapis. Huit membres d'équipage périrent dans l'accident.
Les 215 survivants sont alors recueillis par le corsaire Daliram, qui les transporte jusqu'à l'Île Sainte-Marie, au large de la côte orientale de Madagascar.
Il est probable qu'à la suite de ce tragique événement, Jean METRAU ait figuré parmi les déserteurs. Son itinéraire se serait alors poursuivi dans l'océan Indien pour le mener jusqu'à l'île Bourbon. C'est sur cette terre qu'il s'établira de façon permanente, devenant ainsi l'ancêtre fondateur de la lignée des METRO sur l'île.
Installation à l'Île Bourbon et vie familiale
Le 16 mai 1786, Jean METRAU épouse à l'Île Bourbon Marie SMITH, veuve de Jean LAURET, dont elle avait déjà une fille prénommée Brigitte. Marie SMITH est issue d'un milieu familial métissé et déjà anciennement implanté sur l'île : elle est la fille d'un ressortissant anglais Joseph SMITH établi à Bourbon dès 1741 et d'une créole, Marie FONTAINE.
De l'union de Jean METRAU et de Marie SMITH naissent six enfants, témoignant d'un enracinement durable de la famille sur l'île. Parmi eux figure Jean Sylvère, mon ancêtre direct, qui épousera sa cousine Anne Arthémise SMITH, illustrant les alliances familiales fréquentes dans la société coloniale de l'époque.
Dans les registres paroissiaux et d'état civil réunionnais, le patronyme METRAU apparaît progressivement sous la forme METRO, orthographe qui s'imposera durablement dans la descendance, reflet des usages administratifs locaux et des variations fréquentes dans la transcription des noms au XVIIIᵉ siècle.
Un divorce sous la Révolution
Le couple connaît toutefois une rupture officielle durant la période révolutionnaire. Le 29 janvier 1798, la citoyenne Marie SMITH, épouse du citoyen Jean Métro, cultivateur, assistée du citoyen Prudent MUSSARD, remplaçant du citoyen LESPORT, comparaît afin de faire constater le divorce pour incompatibilité d'humeur. Cette demande s'inscrit dans la procédure légale en vigueur, après trois déclarations successives enregistrées les 9 thermidor an V, 9 Fructidor an V et 9 brumaire an VI.
Jean Métro ne comparut pas lors de l'audience finale. En conséquence, le mariage entre le citoyen Jean METRO et la citoyenne Marie SMITH fut officiellement dissous, conformément aux lois révolutionnaires alors applicables à l'Île Bourbon.
Dernières années et postérité
Marie SMITH se remarie en troisièmes noces le 19 novembre 1802 avec Louis-Simon LEFEVRE, à Saint-Pierre.
Jean METRAU, également mentionné sous le nom de Jean METRO, s'éteint le 19 novembre 1813 à Saint-Pierre, à l'âge de 57 ans. Il laisse derrière lui une descendance désormais solidement établie à La Réunion, appelée à se développer au fil des générations.
Sources :
AD 17 et ANOM
Site la Mémoire des hommes
Sérapis - Site Wikiwand








