JEAN-HUBERT POSÉ : DE L'ALSACE A L'ILE BOURBON

24/02/2026

Jean-Hubert POSE (ou POSSE, PAUSE), qui fait partie de ma branche maternelle, est né vers 1708 à Strasbourg. Fils de Dominique POSE et de Marie DUBUISSON, les informations dont nous disposons sur lui et sa famille restent très limitées.

Au moment de son départ, aux alentours de 1727, Strasbourg était une ville à la fois commerciale et stratégique. Sa position sur le Rhin en faisait un carrefour d'échanges important, tandis que son rôle militaire dans le royaume de Louis XV renforçait sa place dans l'organisation défensive française. L'économie locale reposait sur un équilibre entre commerce international, artisanat urbain structuré par les corporations et activités liées à la présence militaire. La société, hiérarchisée, était dominée par des élites bourgeoises et artisanales bénéficiant de privilèges et d'un accès réglementé aux métiers. La gestion religieuse, notamment la tolérance envers les protestants sous le règne de Louis XV, évoluait sous l'égide royale, influençant également le tissu social de la ville.

Dans un tel contexte, les possibilités d'ascension pour un jeune homme de condition modeste demeuraient restreintes, surtout en l'absence d'héritage ou d'intégration dans une corporation reconnue. La concurrence dans les métiers urbains et la rigidité des statuts professionnels limitaient les perspectives d'amélioration. Il est donc plausible que Jean-Hubert ait perçu dans le départ vers l'île Bourbon — aujourd'hui La Réunion — une opportunité de transformation sociale.

À cette époque, la colonie était administrée par la Compagnie française des Indes orientales, qui encourageait l'installation d'Européens comme engagés auprès des colons, notamment pour soutenir le développement des exploitations agricoles, en particulier la culture du café. S'engager pour l'île Bourbon en 1727 peut ainsi s'interpréter comme une stratégie d'amélioration économique : quitter une société urbaine relativement fermée pour une colonie en expansion, où les hiérarchies restaient plus souples et les positions à construire.

Lors de son arrivée à Bourbon, Jean-Hubert commence par servir un dénommé M. Gachet.

Six années après son arrivée, cette démarche semble avoir porté ses premiers fruits sur le plan personnel. Le 13 octobre 1733, à Saint-Pierre, il épouse Catherine JEGO (ou JEGOU, GIGOT), veuve de Pierre PLUCHON, dont elle avait déjà quatre enfants dont Marie Madeleine, mon aïeule. Par cette union, Jean-Hubert s'inscrit dans une cellule familiale déjà constituée et participe à sa consolidation. Ensemble, Jean-Hubert et Catherine auront deux enfants, venant agrandir la famille, parmi lesquels Henry, mon aïeul.

L'année 1750 place Jean-Hubert Posé au cœur d'un bras de fer juridique intense contre les héritiers de sa défunte épouse, Catherine Gigot, au sujet de la liquidation de leur communauté de biens. Ce conflit s'inscrit dans un contexte familial douloureux : malheureusement, Catherine s'est éteinte le 21 juin 1748 à Saint-Pierre, à l'âge précoce de 44 ans. Son décès laisse derrière elle une famille fragilisée, notamment ses deux derniers enfants alors âgés de seulement dix et cinq ans. Cette disparition brutale marque non seulement la fin d'une union, mais ouvre également une période de vives tensions successorales

Le litige, porté devant le Conseil Supérieur de l'île Bourbon, prend racine dans un contrat commercial d'envergure : la vente de mille barriques de chaux à la Compagnie des Indes. Bien que Posé ait déjà perçu le paiement de cette marchandise, le transport de la chaux vers les entrepôts de la Compagnie reste en suspens au moment du décès de Catherine. Jean-Hubert Posé, par requête du 1er avril 1750, demande alors que les enfants Pluchon, issus du premier lit de sa femme, assument leur part de cette obligation logistique et complètent les stocks si nécessaire. En réponse, les héritiers — représentés notamment par Olivier Réel et Jean Pelletier et leur curateur Théodore Gontier — exigent que Posé rende compte de sa gestion des biens meubles et immeubles de la succession de Pierre Pluchon, le premier mari de Catherine.

Le conflit s'intensifie lors de l'audience du 2 septembre 1750, où Jean-Hubert Posé contre-attaque en présentant des inventaires datant de 1733 et 1738. Il affirme avoir personnellement épongé des dettes de la communauté s'élevant à 1 224 livres et réclame le remboursement de ses avances aux héritiers. Face à ces exigences financières précises, le Conseil Supérieur intervient le 14 octobre 1750 pour dénoncer la mauvaise qualité de la défense des héritiers Pluchon, qualifiant leur requête d'illisible et leur ordonnant de produire un nouveau mémoire sous quinzaine. Surtout, la justice somme les héritiers de clarifier leur position légale : ils doivent déclarer formellement s'ils acceptent ou s'ils renoncent aux successions de leur père et de leur mère. Cette injonction est cruciale car elle détermine leur responsabilité finale vis-à-vis des dettes et des contrats engagés par Catherine Gigot durant son union avec Posé.

Le dénouement procédural survient le 25 novembre 1750 par une manœuvre juridique de la part des héritiers Pluchon pour se protéger des réclamations de leur beau-père. Olivier Réel, agissant pour la famille, déclare accepter la succession de son beau-père Pierre Pluchon, mais choisit de renoncer officiellement à celle de sa mère, Catherine Gigot. Cette renonciation stratégique vise à couper tout lien de responsabilité avec les engagements contractés par Catherine lors de son mariage avec Jean-Hubert Posé. Le Conseil acte cette position et ordonne que cette renonciation soit formalisée devant un notaire dans un délai d'un mois, obligeant Posé à revoir sa stratégie pour la suite du procès. Cet épisode illustre non seulement la ténacité de Jean-Hubert Posé dans la défense de ses intérêts financiers, mais aussi la complexité des successions coloniales où les inventaires et les dettes croisées dictaient souvent le destin des familles recomposées.

Malgré ces tourmentes judiciaires, Jean-Hubert poursuit son parcours et, en 1753, nous le retrouvons installé comme cantinier à Sainte-Suzanne. C'est dans cette même commune qu'il s'éteint le 1er octobre 1756, à l'âge d'environ 48 ans. À sa mort, il laisse ses deux enfants, Henry et Louise, alors âgés respectivement de 14 et 9 ans.


Sources :

AD 974 et ANOM

Cercle Généalogique Bourbon

Site de Robert BOUSQUET