
EMMANUEL TÉCHER, DES COMPTOIRS DE L’INDE A L’ILE BOURBON
Emmanuel Técher (Sosa 2026*) serait né vers 1668 à Pondichéry (Inde). Il est le fils de Domingos Teixeira da Motta (portugais) et d'Andrée do Rosario, et a pour sœurs Marguerite et Ignace.
Il convient de souligner qu'il existe une confusion récurrente entre Emmanuel Teixeira da Mota (également orthographié Teixeira de Motta, Teixier de Motta ou Techer) et Manuel de Matte, qui ne sont pas une seule et même personne.
Les actes d'état civil de Pondichéry sur Gallica permettent d'établir cette distinction de manière précise.
À la page 121, il est explicitement indiqué que Marguerite Teixeira, sœur d'Emmanuel, est bien la fille de Domingos (ou Domingue) Teixeira et d'Andrée do Rosario. Cette filiation confirme l'appartenance de Marguerite et d'Emmanuel à la famille Teixeira da Mota.
En revanche, dans l'acte de mariage de Louise de Matte, celle-ci est clairement désignée comme la fille de Manuel de Matte, et non d'Emmanuel Teixeira da Mota, ce qui exclut toute assimilation entre les deux lignées.
Enfin, les actes d'état civil concernant les enfants d'Emmanuel Teixeira da Motta confirment sans ambiguïté l'usage du nom Teixier / Teixeira da Motta / Techer, attestant de manière constante son identité et sa filiation distincte de celle de la famille de Matte.
Cette clarification est essentielle pour éviter toute erreur d'attribution généalogique ou historique.
Origines familiales et contexte inquisitorial
Un document conservé à la Bibliothèque nationale de Rio de Janeiro apporte un éclairage particulier sur l'histoire de la famille Teixeira da Motta. Il s'agit d'une notification adressée à l'Inquisition de Goa, émanant de la Table (Tribunal) de l'Inquisition de Coimbra, datée du 3 avril 1662.
Ce document précise que le tribunal a reçu des accusations visant Domingos Teixeira da Motta et qu'il sera procédé aux diligences nécessaires concernant toutes les personnes appelées à se présenter devant cette juridiction.
Le tribunal de Coimbra était l'un des trois grands tribunaux permanents de l'Inquisition portugaise, aux côtés de ceux de Lisbonne et d'Évora. Chargé de la réception des dénonciations et de la coordination des poursuites, il entretenait des liens étroits avec les tribunaux inquisitoriaux d'outre-mer, notamment l'Inquisition de Goa, fondée en 1560.
Dans les cas où des personnes soupçonnées quittaient le Portugal pour les territoires de l'empire, il était courant que les accusations soient transmises aux juridictions locales afin d'assurer la continuité des enquêtes. L'existence d'une telle notification, suivie de la présence de la famille dans les comptoirs portugais de l'Inde, laisse raisonnablement supposer que Domingos Teixeira da Motta ait pu fuir le Portugal pour échapper aux poursuites inquisitoriales.
Cette situation correspond à un schéma bien documenté concernant de nombreuses familles de Juifs séfarades, convertis de force au catholicisme et soupçonnés de pratiquer leur religion en secret. Sans qu'aucune condamnation formelle ne soit attestée, ce document constitue un indice historique sérieux suggérant une possible origine de nouveau chrétien, hypothèse qui éclaire d'un jour nouveau les origines d'Emmanuel Técher.
Arrivée à l'île Bourbon et installation
En novembre 1678, Emmanuel, alors connu sous le nom de Teixeira de Motta, arrive sur l'île de La Réunion à bord du navire Le Rossignol, en provenance de Surate du comptoir portugais en Inde. Il francise alors son nom en Emmanuel Técher.
Son arrivée s'inscrit dans le contexte du manque de femmes sur l'île Bourbon. La Compagnie fit alors appel à l'immigration en provenance des comptoirs portugais de l'Inde afin de favoriser l'enracinement de la colonie, aux côtés des Françaises et des Malgaches. C'est ainsi qu'arrivèrent quatorze indo-portugaises sur l'île.
Emmanuel Técher reçoit une bonne éducation : il sait lire et écrire, maîtrise le latin, dessine avec talent et possède des connaissances en chirurgie et en médecine. Habile artisan, il est également menuisier et charpentier. Les sources le décrivent comme un homme pieux, sobre et respecté.
La Possession et rôle de pionnier
Il fonde l'une des premières auberges à La Possession, servant de halte aux voyageurs débarquant en chaloupe à Saint-Denis et poursuivant leur route à pied vers Saint-Paul.
Il est à l'origine du nom du chemin « Bœuf-Mort », en référence à sa manière d'abattre les bœufs de son troupeau vivant en liberté, puis de tirer les carcasses à l'aide d'une corde attachée à la selle de son cheval.
Emmanuel Técher épouse Anne Nativel. De cette union naîtront 16 enfants, à l'origine d'une descendance exceptionnelle comptant 98 petits-enfants et 507 arrière-petits-enfants.
Le 15 février 1690, il obtient du gouverneur Vauboulon une concession à Saint-Paul, correspondant à l'habitation qu'il occupait déjà, située entre celles de Nativel et de Cadet, avec la montagne d'un côté et l'étang de Saint-Paul de l'autre.
Après un voyage aux Indes, il revient sur l'île en octobre 1681 à bord du Soleil d'Orient. Le 18 août 1691, il cède sa propriété de Saint-Paul pour s'installer, sans titre officiel, sur les terres inoccupées de La Possession, devenant ainsi le premier habitant de ce territoire et l'ancêtre fondateur de la famille Técher dans la région.
Dernières années
En janvier 1705, sa case de La Possession est attaquée par plusieurs esclaves marrons. Antoine Fontaine, fils de Jacques Fontaine, abat l'un des assaillants et capture un autre, nommé Sébastien, qui sera ensuite fusillé et brûlé.
Le 5 avril 1705, Emmanuel Técher repart pour Pondichéry à bord du Saint-Louis. Il revient à La Réunion en 1709.
En 1711, il possède l'ensemble des terres de La Possession, de la Ravine-à-Marquet jusqu'au Dos-d'Âne.
Emmanuel Técher décède le 19 janvier 1758 à Saint-Paul, à l'âge de 92 ans, laissant une empreinte durable dans l'histoire de La Possession et une lignée parmi les plus nombreuses de l'île.
Sources :
Archives départementales de la Réunion
Site ile de la Réunion Archives
Livre de Bernard Monge et Jules Bénard - L'épopée des cinq cents premiers réunionnais
Bibliothèque nationale de Rio de Janeiro, Anais da Biblioteca Nacional - Volume 120 page 153 - document pdf (en ma possession)
Archives nationales portugaises (Torre do Tombo), fonds du Santo Ofício. Tribunaux de Coimbra, Lisbonne et Évora, pour le fonctionnement institutionnel de l'Inquisition portugaise et ses correspondances avec les tribunaux coloniaux.
Encyclopédia britannica Goa inquisition
*#Généathème - Créé par l'équipe de Généatech, ce défi change de thème chaque mois. Impossible de s'ennuyer ! Le thème de ce mois-ci pour inaugurer cette nouvelle année généalogique, nous vous invitons à partir sur les traces d'un ancêtre bien particulier : votre Sosa 2026.






