
DES PLAINES DE L’AUNIS AUX TERRES DE BOURBON: L'HISTOIRE DE JEAN PELLETIER
Jean Pelletier naît le 4 janvier 1694 à Saint-Xandre, une paroisse rurale proche de La Rochelle, dans l'ancienne province d'Aunis. À cette époque, Saint-Xandre dépendait de la généralité de La Rochelle, une circonscription administrative, judiciaire et fiscale du royaume de France. C'était un petit village agricole, au cœur d'une région tournée vers la mer et les échanges.
Origines familiales
Jean est le fils de Daniel Pelletier et de Jeanne Langueteau, mariés le 12 janvier 1688 à Lagord, commune voisine de La Rochelle.
Le couple Daniel Pelletier et Jeanne Langueteau aura trois enfants :
Marie, née le 25 novembre 1688 à Dompierre-sur-Mer, décédée le 10 novembre 1693 à Lagord, à l'âge de cinq ans ; Marie Magdeleine, née le 28 octobre 1690 à Dompierre-sur-Mer ; et Jean, né le 4 janvier 1694 à Saint-Xandre, mon ancêtre.
Sa mère, Jeanne Langueteau, née le 30 novembre 1652 à Lagord, était la fille de Michel Langueteau et de Marie Cousturier.
Jean est baptisé à Saint-Xandre, avec pour parrain Jean Disleau et marraine Catherine Fumolleau.
Le grand départ : de l'Aunis à l'île Bourbon
Vers 1720, Jean Pelletier quitte la France et embarque pour l'île Bourbon, aujourd'hui La Réunion. Le recensement général de 1744 mentionne qu'il est arrivé sur l'île à cette période.
Installé au quartier de Saint-Louis, il obtient en 1728 une concession de 337 arpents de terre.
Selon le recensement de 1732, son habitation compte environ un millier de caféiers et sept esclaves.
Ces données témoignent à la fois de la mise en valeur agricole de Bourbon au XVIIIᵉ siècle et du recours systématique à la main-d'œuvre servile, sans laquelle les concessions ne pouvaient fonctionner.
Il est important de se souvenir que derrière les réussites agricoles des colons se trouvaient les vies, les souffrances et le travail forcé des personnes réduites en esclavage.
Mariage et descendance
Le 10 juin 1740, Jean Pelletier signe un contrat de mariage avec Marie Magdeleine Pluchon, née vers 1724.
Le mariage religieux est célébré le 26 juillet 1740 à Saint-Pierre.
De cette union naissent au moins six enfants, dont Jeanne Apoline Pelletier (1746–1834), qui épouse le 20 octobre 1761, à Saint-Pierre, Jean Hoarau (1741–1786).
C'est de Jeanne Apoline, leur fille, que je descends directement. Elle constitue le lien entre cette première génération de colons et mes ancêtres réunionnais.
Une affaire coloniale : le litige avec la Compagnie des Indes
En 1748, Jean Pelletier est cité dans une affaire judiciaire opposant les colons à la Compagnie des Indes.
Selon un bilan établi en 1747, la Compagnie lui réclame 2 068 livres, 2 sols et 11 deniers, plus les intérêts et les frais.
Le Procureur général saisit le Conseil supérieur colonial, qui fait assigner Jean le 2 août 1748.
Ne s'étant pas présenté à l'audience, il est condamné par défaut le 7 septembre 1748 à payer la somme réclamée.
Cette affaire illustre les liens de dépendance économique entre les colons et la Compagnie, qui contrôlait alors les terres, les cargaisons et le commerce de Bourbon.
Dernières années et décès
Jean Pelletier décède avant le 20 septembre 1757, date à laquelle le notaire Maître Merlo dresse l'inventaire de ses biens.
Sa veuve, Marie Magdeleine Pluchon, se remarie le 1ᵉʳ novembre 1757 à Saint-Pierre avec Jean Madiran.
Elle décède vers 1804, après avoir vécu les transformations profondes de la société bourbonnaise.
Regards sur un héritage complexe
L'histoire de Jean Pelletier est celle d'un homme de son temps, issu du monde paysan de l'Aunis, devenu colon dans les Mascareignes.
Elle reflète aussi les réalités douloureuses du système colonial et de l'esclavage qui en fut le pilier.
Si son parcours s'inscrit dans l'histoire du peuplement de l'île Bourbon, il nous rappelle que cette histoire s'est construite dans la coexistence de destins inégaux — ceux des maîtres et ceux des esclaves.
Reconnaître cette part d'ombre, c'est aussi rendre hommage à toutes les vies qui ont bâti La Réunion, qu'elles aient été libres ou non.
Sources :
- Archives départementales 17 et 974
- ANOM
- Site Robert BOUSQUET








