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DE SAINT-MALO A SAINT-PAUL : LE PARCOURS SYLVESTRE TOUSSAINT GROSSET (1692-1753)

13/06/2026

Parmi les ancêtres qui ont marqué l'histoire de ma lignée maternelle, Sylvestre Toussaint Grosset occupe une place particulière. Il fait partie de ces premiers arrivants qui ont quitté la métropole pour s'établir à l'île Bourbon, l'actuelle Réunion, au début du XVIIIᵉ siècle.

Sylvestre naît à Saint-Malo le 1ᵉʳ novembre 1692. Ce jour-là, il est baptisé en même temps que son frère jumeau, Jean Samson Grosset. Malheureusement, ce dernier décède seulement deux jours plus tard. Lors du baptême, Sylvestre reçoit pour parrain Sylvestre Baudron et pour marraine Jacquette Glanderel.

Il est issu du second mariage de Bertranne Guillery et de François Grosset. Le couple aura quatre enfants, mais comme c'était souvent le cas à cette époque, deux d'entre eux mourront en bas âge.

Sa mère, Bertranne Guillery, est née à Saint-Malo le 6 octobre 1660. Elle est la fille de Jean Guillery, originaire de Saint-Méloir-des-Ondes, et de Jeanne Daulon, native de Saint-Malo. Quant à son père, François Grosset, il appartient lui aussi à une famille malouine bien implantée dans la région. Après le décès de Bertranne en 1697, François se remarie en 1699 avec Marie Viau, union dont naîtront encore quatre enfants.

C'est dans ce contexte familial que grandit Sylvestre avant de prendre une décision qui va changer le destin de sa descendance. En 1715, âgé de vingt-deux ans, il quitte Saint-Malo pour rejoindre l'île Bourbon. Il y est nommé huissier au Conseil supérieur de l'île, une fonction qui témoigne déjà d'une certaine position sociale.

Peu après son arrivée, il fonde sa propre famille. Le 23 septembre 1715, il signe un contrat de mariage avec Françoise Técher, puis l'épouse le 3 octobre suivant. Françoise est une Créole de l'île Bourbon, fille d'Emmanuel Texeira da Mota devenu Técher, un Portugais métis, et d'Anne Nativel.

De cette union naîtront onze enfants. Parmi eux figure Catherine Grosset, née en 1724, qui est mon ancêtre directe.

Le couple s'établit à Saint-Paul, l'un des principaux foyers de peuplement de l'île à cette époque. En 1727, Sylvestre obtient une concession qui lui permet de développer son exploitation. Les recensements de 1730 indiquent qu'il possède alors treize esclaves, rappelant la réalité du système économique et social de l'île Bourbon au XVIIIᵉ siècle, fondé sur l'esclavage.

À travers le parcours de Sylvestre Grosset, c'est une page importante de l'histoire de ma famille qui s'écrit : celle d'un jeune Malouin devenu l'un des premiers membres de ma lignée à s'implanter durablement dans l'océan Indien.

Au fil de mes recherches, les archives permettent également d'entrevoir une autre facette de la vie de Sylvestre Grosset : celle du propriétaire d'esclaves dans la société coloniale de l'île Bourbon.

Les recensements montrent déjà qu'en 1730, Sylvestre possède treize esclaves sur son habitation de Saint-Paul. Mais certains documents conservés aux Archives départementales de La Réunion permettent d'aller plus loin et de mettre des noms sur quelques-unes de ces personnes réduites en esclavage.

Ainsi, un acte daté de 1734 mentionne Marguerite, une esclave malgache appartenant à « Sylvestre Toussaint Grosset ». Le document indique qu'elle s'est enfuie pour la première fois le 14 avril 1734. Après plusieurs jours de fuite, elle se rend volontairement au père Desbeurs, missionnaire de l'île, qui la renvoie ensuite chez son maître. Cette courte mention d'archive nous rappelle combien les actes de marronnage constituaient, pour les esclaves, une forme de résistance face à leur condition.

Les archives révèlent également l'implication de la famille Grosset dans la lutte contre le marronnage. En 1752, lors d'une expédition conduite par François Mussard contre un camp de noirs marrons dans les hauts de la Rivière Saint-Étienne, plusieurs esclaves fugitifs sont tués. Parmi eux figure Jeanneton, une jeune esclave d'environ quinze ans appartenant à Sylvestre Grosset. Le récit de cette opération mentionne également la présence de Joseph Grosset, fils de Sylvestre, parmi les hommes engagés aux côtés de Mussard dans la traque des marrons. Si les archives ne permettent pas d'attribuer précisément les décès à l'un ou l'autre des participants, elles montrent néanmoins que la famille Grosset prit part à ces expéditions destinées à réprimer les esclaves en fuite.

Les années passent et la famille Grosset s'enracine durablement à Saint-Paul. Après près de quarante années passées dans la colonie, Sylvestre Toussaint Grosset voit grandir ses enfants et se développer le patrimoine qu'il a bâti depuis son arrivée en 1715.

Le 6 mars 1753, il s'éteint à Saint-Paul, à l'âge de 60 ans. Il laisse derrière lui une nombreuse descendance issue de son union avec Françoise Técher ainsi qu'une famille solidement implantée dans la société bourbonnaise.

Son épouse lui survit quatorze années. Françoise Técher, née dans l'île Bourbon et héritière de plusieurs familles pionnières de la colonie, décède à son tour le 21 septembre 1767 à Saint-Paul.

À travers leur parcours, c'est toute l'histoire des premiers temps du peuplement de La Réunion qui se dessine. Sylvestre, jeune Malouin arrivé à l'âge de vingt-deux ans comme huissier du Conseil supérieur, et Françoise, créole issue des premières générations nées dans l'île, incarnent la rencontre de deux mondes qui ont contribué à façonner la société réunionnaise du XVIIIᵉ siècle.

Les recherches sur Sylvestre Grosset ne peuvent cependant être dissociées du contexte colonial dans lequel il a vécu. Comme de nombreux propriétaires de l'île Bourbon au XVIIIᵉ siècle, il possédait des esclaves et tirait une partie de sa situation sociale et économique de ce système. Les archives ont conservé les noms de certaines de ces personnes, telles que Marguerite ou Jeanneton, dont les parcours n'apparaissent qu'au détour de documents administratifs. Il me paraît important de les mentionner, car elles font elles aussi partie de cette histoire familiale et de l'histoire de La Réunion.

C'est donc avec cette volonté de comprendre et de transmettre que je retrace aujourd'hui le parcours de cet ancêtre arrivé de Saint-Malo en 1715. Son histoire est celle d'un homme qui a participé à la construction de la société bourbonnaise naissante, avec tout ce que cela implique de réussite sociale, mais aussi d'inscription dans un système colonial et esclavagiste dont les traces demeurent encore dans la mémoire réunionnaise.


Sources : 

AD 35 & 974

ANOM

Cercle Généalogique Bourbon

Site Robert Bousquet

Dictionnaire Ricquebourg


ARBRE DES DESCENDANTS
ARBRE DES DESCENDANTS
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