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DE PARIS AUX MASCAREIGNES : L'HISTOIRE DE PIERRE DIJOU DIT PAQUET

21/05/2026

Pierre Dijou dit Paquet est né à Paris vers 1706. Il est le fils de Jean Pierre Dijou et d'Anne Marie Danteille, dont le contrat de mariage a été signé devant notaire le 30 janvier 1704 dans la capitale.

Son père, Jean Pierre Dijou, était majeur de plus de 25 ans lors de cette union. Il occupait la fonction de maître d'hôtel de Maître Gilles Le Sourd, docteur de Sorbonne et curé de la paroisse royale et collégiale de Saint-Paul, et servait également comme archer du guet à pied de la ville de Paris. Par cette branche paternelle, Pierre est le petit-fils de Jean Dijou, maître charpentier, et de Jeanne Pitrou, tous deux décédés avant 1704.

Sa mère, Anne Marie Danteille, est déclarée majeure lors de la signature de l'acte. Bien que de nombreux généalogistes sur Geneanet la fassent naître par erreur à Paris, son contrat de mariage stipule explicitement qu'elle y demeurait simplement, à l'adresse de la rue Percée Saint-Paul, de la paroisse Saint-Paul au moment de son union. Elle est la fille de Laurent Danteille, marchand de poisson originaire de Nogent-sur-Seine dans l'Aube (Champagne-Ardenne), alors déjà décédé, et de Marie Bourdon. Sur ce point encore, les arbres en ligne commettent souvent l'erreur de faire mourir Marie Bourdon avant 1704 ; pourtant, le contrat de mariage précise clairement qu'elle est alors bien vivante, veuve de son époux, et qu'Anne Marie se marie avec son consentement absolu. Laurent Danteille et Marie Bourdon s'étaient mariés le 20 février 1651 à Nogent sur Seine.

C'est ainsi au cœur de cette alliance entre le monde des maîtres artisans charpentiers parisiens et celui des marchands de la Champagne que s'enracine la filiation de mon ancêtre Pierre Dijou.

Pourtant, rien ne prédestinait ce fils d'artisans parisiens à lier son existence aux grandes vagues d'expéditions maritimes du XVIIIe siècle. Élevé au rythme de la capitale, il va un jour faire le choix de s'arracher à ses racines familiales pour répondre à l'appel du grand large et tourner définitivement son regard vers l'océan.

Le 28 octobre 1727, mon ancêtre franchit le pas et s'engage à Lorient comme soldat passager au sein de la compagnie de Plantin, avec pour destination initiale l'Île de France. Les registres militaires nous laissent d'ailleurs un portrait physique saisissant de lui à cette époque : il a les cheveux et les sourcils ardents, porte la perruque, affiche un visage ovale plein et blanc, un nez long et voûté, ainsi qu'une barbe claire.

Deux mois après son engagement, le 30 décembre 1727, il monte à bord du Bourbon, un imposant navire de la Compagnie des Indes de 850 tonneaux et armé de 28 canons, commandé par le capitaine Pierre-Alexandre de La Garde Jazier. Après les derniers préparatifs d'armement pour l'Inde bouclés le 10 février 1728, le navire lève l'ancre. Le voyage au long cours commence, marqué par une escale à Cadix en mars, avant de traverser les océans. Le Bourbon atteint l'Île de France le 17 juillet 1728. Moins de trois semaines plus tard, le 2 août, le vaisseau reprend la mer pour une courte traversée, permettant à Pierre de débarquer définitivement à l'Île Bourbon le 4 août 1728.

Une nouvelle vie commence alors pour lui sur cette terre lointaine. C'est à partir de son arrivée sur l'île que son patronyme va progressivement évoluer : alors qu'il signait jusqu'à présent « Dijou », son nom s'orthographiera désormais « Dijoux » sur les registres d'état civil.

Le 18 août 1728, à Saint-Paul, l'histoire de son installation prend une tournure officielle par-devant François Morel et François Dussart de La Salle, notaires et conseillers en cette Isle de Bourbon. En présence du notaire Philippe Chassin, mon ancêtre, désigné comme soldat d'unité des troupes d'infanterie de la garnison, reconnaît se présenter pour être officiellement engagé au service de la Compagnie des Indes. C'est à ce moment que ses compétences manuelles s'expriment pleinement : il est recruté en qualité de tonnelier pour une durée de cinq années entières et consécutives, débutant dès ce jour, avec pour mission spécifique la réparation des seilles (les récipients en bois) qui lui seront distribuées à la tonnellerie.

Cet acte d'engagement majeur est passé sous les yeux de Messire Pierre Benoît Dumas, Directeur Général des Îles de Bourbon et de France et président du Conseil Supérieur de Bourbon, qui réside alors dans le quartier et la paroisse de Saint-Paul. Ce dernier, trouvant la démarche fort agréable, promet de fixer ses gages initiaux à 200 livres par an. De plus, pour l'encourager et sous réserve qu'il donne entière satisfaction par sa bonne conduite, le gouverneur s'engage formellement à augmenter ses gages d'une somme supplémentaire de 100 livres par an dès la fin de sa première année de service. L'acte est solennellement clos par les signatures conjointes de Pierre Benoît Dumas, François Morel, Philippe Chassin, François Dussart de La Salle, et de mon ancêtre qui appose fermement son nom : « Pierre Dijou ».

L'année 1729 marque un tournant tragique pour son futur foyer : ses beaux-parents sont décimés par la terrible épidémie de variole qui frappe durement l'île. Grâce à son épouse, Pierre obtenait donc une portion de terre mesurant 18 gaulettes de large et 700 gaulettes de long, auxquelles il fallait rajouter un emplacement faisant 18 gaulettes sur 40. En tout il possédait donc une habitation d'une contenance de 82 m de large (18 fois 4,86 m) et de 3 402 m de long (700 fois 4,86). En réalité, la gaulette étant souvent arrondie à 5 mètres, elle faisait sûrement 90 m de large sur 3 500 m de long, soit 31,5 hectares ce qui représentait environ 92 arpents. De la même manière, l'emplacement mesurait 90 m sur 200 de long, soit près de deux hectares. De plus, il recevait la somme de 257 livres cinq sols et l'onzième deniers.

À ce moment-là, bien que le couple Dijou soit également devenu propriétaire d'une seconde concession située à la Rivière d'Abord, Pierre fait le choix de maintenir sa résidence à Saint-Paul. Cette décision s'explique par les impératifs de ses fonctions locales, mais aussi par son ambition d'y obtenir, à terme, une nouvelle parcelle de terre.

Une fois son contrat honorablement rempli et son intégration pleinement réussie au sein de cette nouvelle société insulaire, Pierre décide d'y faire définitivement souche. Le 20 février 1730, alors qu'il est âgé d'environ 24 ans, Pierre Dijou franchit une étape cruciale en se mariant à Saint-Paul avec une enfant de l'île, Marguerite Fontaine, née en 1710. Cette union marque le véritable point d'ancrage de notre famille sur cette terre de La Réunion, un mariage heureux et fécond qui donnera naissance à une lignée de 7 enfants.

Quelques années après ce mariage, la famille s'agrandit et consolide ses racines réunionnaises. Le 27 avril 1736, alors que Pierre est âgé d'environ 30 ans, l'histoire familiale franchit une nouvelle étape majeure avec la naissance de son fils à Saint-Louis. Prénommé lui aussi Pierre Dijou(x), cet enfant, né sous le ciel des Mascareignes, est mon aïeul. Sa naissance vient sceller l'enracinement profond de notre lignée dans le sud de l'île.

Parallèlement à sa vie de famille et à son activité professionnelle, Pierre Dijou devient un habitant de plus en plus actif dans l'économie locale, ce qui l'amène parfois à figurer dans les registres judiciaires et les affaires financières du Conseil Supérieur de l'île. C'est également à cette époque qu'en tant que propriétaire terrien de l'île Bourbon au XVIIIe siècle, son parcours se lie aux réalités de la société coloniale, où l'exploitation des habitations et des cultures reposait alors sur le système de l'esclavage.

Le 10 avril 1745, son nom apparaît ainsi dans un important arrêt rendu en faveur de Théodore Gonthier, huissier du Conseil Supérieur. Dans cette affaire opposant l'huissier à plusieurs particuliers déclarés défaillants, le Conseil condamne ces derniers à verser diverses sommes au demandeur. Parmi eux, mon ancêtre, mentionné sous le titre de « Sr. Pierre Dijou », se voit contraint de payer la somme de 174 livres 10 sols et 6 deniers.

L'année suivante, le 18 juin 1746, Pierre se retrouve à nouveau devant la justice, cette fois en tant que défendeur face à Hervé Galene, un autre habitant du quartier de Saint-Paul. Le litige repose sur une ancienne dette contractée par mon ancêtre huit ans plus tôt : le Conseil le condamne à verser à Galene la somme de 30 piastres, due en vertu d'un billet signé de sa main le 16 juin 1738, assortie des intérêts cumulés depuis le jour de la demande et des dépens du procès.

Les affaires financières de Pierre Dijou prennent une tournure encore plus lourde le 21 septembre 1748. Désormais installé comme habitant de la Rivière d'Abord, il fait l'objet d'une procédure lancée par le Procureur général du Roi au nom de la Compagnie des Indes. Défaillant à faute de comparaître ou d'être représenté, il est condamné par le Conseil à rembourser à la caisse de la Compagnie une somme considérable de 2 984 livres 7 sols et 10 deniers. Ce montant correspondait au bilan de sortie de son exploitation pour l'année 1747, auquel s'ajoutent les intérêts et les frais de justice.

Quelques années plus tard, le 10 mai 1752, c'est un différend d'ordre commercial qui rappelle Pierre Dijou devant le tribunal du Conseil. À la suite d'une requête présentée par Joseph Villeneuve, un chirurgien résidant dans le quartier de Saint-Pierre, mon ancêtre est assigné pour des marchandises qui lui avaient été livrées à crédit depuis l'année 1749. Une nouvelle fois non comparant, Pierre Dijou est condamné par défaut à payer au chirurgien la somme de 32 piastres et demie pour régler ces fournitures certifiées véritables, ainsi que les intérêts et les dépens de la cause.

Les années passent, et la deuxième génération des Dijou née sous le soleil des Mascareignes commence à son tour à s'implanter activement dans la société locale. Le 24 mai 1757, alors que Pierre est âgé d'environ 51 ans, la famille célèbre un événement marquant : son fils, Pierre Dijou(x), s'unit à Saint-Louis avec Françoise Cadet. Ce mariage renforce l'ancrage territorial de la lignée dans cette région du sud de l'île.

Une décennie plus tard, l'année 1767 plonge la famille dans le deuil avant de lui offrir une nouvelle joie. Le 25 mars 1767, à l'âge d'environ 61 ans, Pierre a la douleur de perdre son épouse, Marguerite Fontaine, qui s'éteint à Saint-Louis après trente-sept années d'une vie commune et féconde. Quelques mois seulement après cette douloureuse perte, la vie reprend ses droits : le 9 octobre 1767, son petit-fils, Alexis Dijoux, vient au monde à Saint-Louis. Il est solennellement baptisé dès le lendemain, le 10 octobre, apportant un baume au cœur du vieil homme devenu grand-père.

Après une vie particulièrement riche, marquée par l'audace de l'exil, le travail de la terre et la fondation d'une solide lignée, le parcours du pionnier parisien touche à sa fin. Le 3 décembre 1774, Pierre Dijou dit Paquet s'éteint à Saint-Louis à l'âge d'environ 68 ans. Il laisse derrière lui le souvenir d'un maître tonnelier courageux qui, parti des rues de Paris, aura su planter ses racines si profondément dans le sol de La Réunion que son nom résonne encore aujourd'hui à travers ses descendants.

C'est ainsi que se referme le livre de la vie de mon ancêtre Pierre Dijou dit Paquet de ma lignée maternelle. En partant des rues animées de Paris pour s'enraciner définitivement dans l'histoire de La Réunion, il aura traversé les océans, surmonté les épidémies et bravé les tempêtes judiciaires et financières de l'époque coloniale. Par son courage et son audace, ce maître tonnelier parisien est devenu le premier maillon d'une longue et belle lignée insulaire. Son parcours s'inscrit pleinement dans le contexte complexe de son époque, où la constitution de son patrimoine agricole s'est faite en interaction avec l'organisation esclavagiste de la société d'alors. Il lègue aujourd'hui à ses nombreux descendants une page d'histoire dense et le souvenir d'un destin hors du commun au cœur des Mascareignes. Un arbre dont les branches s'étendent si loin qu'elles comptent aujourd'hui, parmi ses descendants, des personnalités publiques à l'instar de la comédienne et présentatrice de télévision Séverine Ferrer, née elle aussi sous le nom de Séverine Dijoux.


Sources :

Archives nationales de Paris - Actes notariés

Archives départementales de l'Aube et de la Réunion

ANOM

Le site de Robert Bousquet

Le site la mémoire des hommes

Le Cercle Généalogie Bourbon - fiches des primo-arrivants métropolitains


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