DE PARIS AUX MASCAREIGNES : HISTOIRE D’UN PIONNIER, ANTOINE AUBRY

16/01/2026

Découvrez aujourd'hui le parcours de Antoine Aubry est l'un des pionniers de la famille Aubry sur l'île Bourbon. Il est le fondateur de l'une des deux branches principales de cette lignée sur l'île. La seconde branche a été établie par son homonyme Guillaume Aubry né dans les Côtes d'Armor (22), dont descend notamment l'ancien évêque de la Réunion, Monseigneur Gilbert Aubry.

Antoine serait né vers 1706 dans la paroisse Saint-Paul à Paris. Il est le fils d'Antoine Aubry et de Marguerite Motone.

Les conditions de vie à Paris en 1726

En 1726, Paris est une ville très peuplée où la majorité des habitants vit dans des conditions difficiles. La société est très inégalitaire : une petite minorité est riche, tandis que la plupart des Parisiens sont pauvres et peinent à survivre.

La majorité de la population travaille comme artisans, ouvriers ou domestiques. Les salaires sont bas et le travail instable. Beaucoup de familles dépendent du prix du pain, qui augmente souvent à cause des mauvaises récoltes. Quand le pain devient trop cher, la faim menace rapidement.

Les logements sont souvent insalubres et surpeuplés. Les rues sont sales, l'eau potable rare, et les maladies fréquentes. Les épidémies font régulièrement des victimes, surtout parmi les plus pauvres. Il n'existe presque aucune aide sociale : les personnes sans travail ou malades doivent compter sur la charité.

La vie est aussi marquée par un manque de liberté sociale. Les métiers sont contrôlés par des corporations, ce qui empêche beaucoup de gens de trouver un emploi stable ou d'améliorer leur situation. Le pouvoir est concentré entre les mains du roi, Louis XV, et les classes populaires ont peu de moyens pour changer leur destin.

Dans ce contexte, partir devient pour certains une solution. Les colonies françaises, notamment dans les Mascareignes (comme l'île de Île de France et l'île Bourbon), sont présentées comme des terres d'opportunités. Elles offrent du travail, parfois des terres, et l'espoir d'une vie meilleure. Ces conditions difficiles à Paris peuvent expliquer pourquoi de nombreux Français choisissent de quitter la métropole au XVIIIᵉ siècle.

Départ vers les Mascareignes

Selon l'ouvrage de Jean‑Michel André et les informations issues du site La Mémoire des hommes, Antoine se serait engagé à la fin de l'année 1726 au service de la Compagnie des Indes pour une destination outre-mer, dans l'archipel des Mascareignes.

Il quitte la métropole le 23 février 1727 depuis le port de Lorient, à bord du navire Le Solide, commandé par le capitaine Jacques de Marquaysac. Ce bâtiment de 325 tonneaux est armé de 22 canons et dispose d'un équipage de 96 hommes.

Le voyage conduit le navire vers Ténériffe, puis vers les Indes, avant d'achever sa traversée dans l'océan Indien. Le 21 juillet 1727, Antoine débarque finalement à l'Île Bourbon, marquant le début de sa vie dans les Mascareignes.

Par convention datée du 31 août 1728, conclue à l'Île Bourbon avec M. Dumas, Antoine accepte de percevoir une rémunération annuelle de 300 livres, en remplacement des vivres que la Compagnie des Indes devait normalement lui fournir.

Installation dans la colonie et vie familiale

Le 6 juin 1730, à Saint-Denis, il épouse Augustine Tessier, née le 29 août 1713 dans la même ville, fille de Hyacinthe Tessier et de Marie Guichard. De cette union naît une descendance nombreuse, solidement établie sur l'île. Parmi leurs huit enfants, Catherine, née en 1734 et portant Marguerite comme second prénom, est mon aïeule dans la branche paternelle et assure la continuité de la lignée familiale.

En 1735, Antoine conclut une nouvelle convention avec La Bourdonnais pour la réalisation des ferrures et des portes du grand magasin de Saint-Denis. Le 11 octobre de la même année, il obtient un bail à ferme, marquant une étape importante dans sa stabilité économique.

En septembre 1736, il est nommé serrurier de la Compagnie à Saint-Denis. Enfin, le 5 mars 1741, il reçoit une concession pour une place à l'église de Sainte-Suzanne, signe de son intégration durable dans la société de l'île.

Dans ce contexte d'installation durable de la famille sur l'île, l'administration se structure progressivement. Ainsi, à compter du 1ᵉʳ janvier 1737, la tenue des registres paroissiaux est organisée en double exemplaire : l'un demeure conservé au sein de la paroisse, tandis que l'autre est déposé au greffe, facilitant désormais le suivi et la conservation des actes d'état civil.

Après avoir contribué à l'implantation durable de sa famille sur l'île Bourbon, Antoine décède le 14 novembre 1746 à Sainte-Marie, à l'âge de 40 ans, laissant derrière lui des enfants encore en bas âge. Un an plus tard, sa veuve, Augustine Tessier, se remarie avec Jacques Joseph Le Bègue, avec qui elle aura deux autres enfants. Elle s'éteint à son tour le 22 juillet 1774 à Sainte-Suzanne, à l'âge de 60 ans, marquant la fin d'une première génération fondatrice pour la famille Aubry sur l'île.


Sources :

AD 974 - ANOM

Site la Mémoire des Hommes

Les engagés de la compagnie des Indes (Marins et ouvriers 1717/1770) - Jean Michel ANDRE