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DE LA NORMANDIE A L'ÎLE BOURBON : L'ODYSSÉE DE JEAN LOUIS PIERRE AUGUSTIN LAMBERT

05/05/2026

Dans ma lignée paternelle mon aïeul, Jean Louis Pierre Augustin Lambert, vient au monde dans des circonstances singulières le 31 janvier 1750. Ses parents, René Pierre Lambert et Marie Rose Charançon, s'étaient déplacés à Saint-Victor-de-Réno pour leurs affaires lorsque le travail a commencé. Sa naissance est marquée par une grande inquiétude : l'enfant est si faible qu'on le croit en danger de mort. Il est ondoyé en urgence le jour même, avant d'être officiellement baptisé le lendemain, le 1er février 1750, dans la paroisse Saint-Victor.

En remontant le fil de son histoire, je découvre une lignée de marchands et d'hommes de loi solidement implantés à L'Aigle, en Normandie. Son père, René Pierre Lambert (1698-1766), était un marchand, fils de Nicolas Lambert et de Renée Cirou. Mon aïeul portait en lui l'héritage de son grand-père Nicolas, un homme d'importance, marchand bourgeois et Greffier en la Haute Justice de L'Aigle. Ce dernier était le fils de Jean Lambert et de Marie Bacheley, mariés en 1657. Du côté de sa grand-mère, Renée Cirou, la lignée remonte à Louis Sirou et Marguerite Poulain. Sa mère, Marie Rose Charançon, née vers 1719, était quant à elle la fille de Pierre Charançon et de Marie Rose Neveu.

Le petit Jean Louis grandit au milieu d'une famille nombreuse, son grand-père ayant eu pas moins de 15 enfants. Le 9 juin 1752, alors qu'il a deux ans, sa sœur Julie Agathe naît à L'Aigle, venant égayer son enfance.

Pourtant, le monde extérieur gronde déjà. Il n'a que six ans quand débute la guerre de Sept Ans en 1756, un conflit qui déchire les puissances européennes sur plusieurs continents. À sept ans, il entend sans doute les récits terrifiants de l'exécution de Damiens en 1757, un événement qui marque profondément les esprits en France. À l'aube de son adolescence, en 1763, le Traité de Paris redessine les frontières du monde avec la perte de la Nouvelle-France.

L'année 1766 marque la fin de son insouciance. Alors que la Lorraine devient française, un deuil personnel vient frapper mon aïeul : son père, René Pierre, s'éteint le 1er juin à l'âge de 68 ans. Jean Louis a seize ans, et alors que la Corse s'apprête à devenir française deux ans plus tard, il doit désormais faire face à son propre destin d'homme.

C'est à cette période que le destin de mon aïeul bascule. À l'âge de 20 ans, en 1770, il quitte sa Normandie pour s'embarquer vers l'Océan Indien. On le retrouve sur l'île de La Réunion (alors île Bourbon), où il s'installe définitivement.

Il est important de préciser que deux autres branches distinctes de cette famille s'est également implantée sur l'île : celle de Pierre Marie Gaspard Joseph Lambert, venu de Paris, et reconnu comme le fondateur d'une seconde lignée Lambert sur l'île. Et celle de Elie Nicolas Amédée Lambert venu de Saintes en Charente-Maritime reconnu comme le fondateur d'une troisième lignée.

Ainsi, bien que portant le même nom, ces trois lignées Lambert ont des origines différentes et se sont développées séparément à l'Île Bourbon.

Sa vie privée sur l'île commence par une situation particulière : le 10 décembre 1777, une fille prénommée Marie Charlotte naît à Saint-Pierre. Elle est née hors mariage et porte initialement le nom de sa mère, Anne Élisabeth Gontier.

Le 8 juillet 1778, Jean Louis Pierre Augustin Lambert épouse officiellement Anne Élisabeth Gontier à Saint-Pierre. Bien que l'acte ne le stipule pas explicitement, Marie Charlotte est vraisemblablement légitimée à ce moment-là, prenant alors le nom de Lambert. C'est là que commence véritablement sa vie de chef de famille. Marie Charlotte se marie ensuite le 6 mai 1790 à Saint-Pierre avec Denis Hilarion du Poids de Caseau. Peu après, le 27 août 1791, mon aïeul connaît la joie de devenir grand-père avec la naissance de sa petite-fille, Anne Marie, à Saint-Paul. Cependant, la vie familiale traverse des épreuves, car le 12 juin 1798, le divorce entre sa fille Marie Charlotte et Denis Hilarion est prononcé à Saint-Louis.

Le passage au nouveau siècle apporte son lot de changements. Le 22 avril 1800, un nouveau petit-fils, Louis Furcy Lambert, naît à Saint-Pierre. Il est le fils de Marie Charlotte, mais son père est alors déclaré inconnu. En 1803, les événements s'accélèrent : sa fille Marie Charlotte retrouve la stabilité en se mariant le 8 novembre avec Charles Julien Lefèvre. Mais la fin d'année est assombrie par le décès de sa première épouse, Anne Élisabeth Gontier, qui s'éteint le 21 décembre à Saint-Pierre. Mon aïeul ne reste pas seul longtemps et se remarie le 9 mars 1804 avec Marie Louise Delphine Boyer. De cette seconde union naîtront deux enfants : Marie Louise Éléonore en 1805 et Imbert Pierre Charles en 1807.

Le temps continue de filer et mon aïeul voit ses descendants fonder leur propre foyer, comme lors du mariage de sa petite-fille Anne Marie avec François Maillot à Saint-Joseph, le 26 juin 1808. Jean Louis Pierre Augustin Lambert termine son long voyage le 29 décembre 1816 à Saint-Joseph, à l'âge de 66 ans. Bien des années plus tard, le 29 janvier 1869, sa seconde épouse Marie Louise Delphine Boyer s'éteindra à son tour à Saint-André à l'âge de 82 ans, fermant ainsi ce chapitre de notre histoire familiale à La Réunion.

Ainsi s'achève le récit de la vie de Jean Louis Pierre Augustin Lambert, mon aïeul, dont le parcours incarne à lui seul l'aventure et les bouleversements de son siècle. De sa naissance fragile dans le calme de la Normandie en 1750 jusqu'à son dernier souffle sous le soleil de La Réunion en 1816, il aura traversé les océans et les époques, laissant derrière lui une lignée solidement établie sur cette terre lointaine.

Sources :

AD 61 

ANOM

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