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DE CONI A SAINT-ANDRÉ : LE PARCOURS DE DOMINIQUE ROSELLI/ROSELLY

21/06/2026

Avant de vous plonger dans ce récit, je tiens à préciser que cet homme ne fait pas partie de mes ancêtres personnels. C'est à la demande d'une abonnée de ma page Facebook, désireuse de lever le voile sur ses racines, que je me suis plongée dans les archives afin de retracer un petit morceau du parcours de son ancêtre. C'est le fruit de ce travail de recherche que j'ai le plaisir de partager avec vous aujourd'hui sous la rubrique l'ancêtre partagé de l'ile bourbon.

Dans cette rubrique, partez à la rencontre d'un pionnier dont le destin relie de nombreuses lignées de l'île. Son histoire constitue l'une des racines communes à un grand nombre de familles réunionnaises.

Découvrez aujourd'hui le parcours de Dominique Roselly l'un des fondateurs de la lignée des Roselly sur l'île Bourbon.

Les registres du passé laissent parfois des indices contradictoires qui bousculent les certitudes des généalogistes. C'est le cas de Dominique Roselly. D'après une mention explicite trouvée directement dans son acte de décès, cet homme était originaire de Coni, dans le Piémont en Italie. Certains membres sur Généanet le disent originaire de Ceres dans le Piémont.  C'est également à partir de cette même année de mort que les calculs le font naître vers 1717.

Pourtant, la chronologie de sa vie prend une tournure surprenante au fil des années. Nous verrons plus tard que lors de ses deux remariages successifs, les calculs lui attribuent l'âge de 70 ans pour l'un, et de 75 ans pour le tout dernier. Au-delà de la performance de ces unions tardives, ce sont les grandes différences d'âges avec ses épouses qui s'avèrent particulièrement interpellantes et qui poussent à se poser des questions sur la réalité de son état civil.

Cette trajectoire singulière prend tout son sens lorsque l'on retrace le grand voyage qui l'a mené d'Europe jusqu'aux confins de l'océan Indien. En effet, l'explication de ces décalages chronologiques ou de cette vitalité hors du commun se cache peut-être dans son parcours d'émigration et sa carrière militaire.

Dominique Roselly s'est engagé comme sergent passager au sein de la légion de l'Île de France. C'est à ce titre qu'il a embarqué depuis le port de Lorient en Bretagne à bord de l'Outarde, un imposant vaisseau de 500 tonneaux armé de 16 canons appartenant à la Compagnie des Indes et commandé par le capitaine François Magny. Le périple débute le 3 mai 1767 lors de l'armement du navire à Lorient.

L'Outarde a alors entrepris une longue campagne maritime à travers les océans, faisant route vers le sud de l'Afrique pour faire escale au Cap de Bonne-Espérance. Après avoir contourné le continent, le vaisseau a poursuivi sa navigation dans l'océan Indien vers l'archipel des Mascareignes, atteignant d'abord l'Île de France (actuelle île Maurice) où Dominique a officiellement débarqué le 30 septembre 1767. De là, son parcours s'est prolongé vers sa destination finale, l'Île Bourbon (La Réunion), où le navire a mouillé en janvier 1768. C'est son bateau qui poursuit sa route vers l'île Bourbon, mais Dominique a dû rejoindre plus tard la colonie Bourbon par un autre moyen. Ce déplacement lointain reliant la France, l'Afrique du Sud et les îles, survenu à une période charnière de sa vie, a profondément marqué son destin et a potentiellement contribué à flouter les repères administratifs de son passé européen.

C'est justement dans le sillage de cette nouvelle vie insulaire que s'inscrit son histoire conjugale, laquelle s'ouvre sur une première union nimbée d'ombre. Dominique Roselly a partagé sa vie avec Marie Josephe Sanglier, une alliance pour laquelle nous n'avons malheureusement aucun acte de mariage à notre disposition. Son existence administrative ne tient qu'à un fil ténu : une simple mention confirmant ce premier mariage apparaît directement dans l'acte de mariage rédigé avec sa deuxième épouse, attestant ainsi de son veuvage. Faute de documents d'époque pour en retracer les détails et les circonstances, nous ne nous attarderons pas sur cette union.

C'est lors de ses deux remariages que les écarts générationnels deviennent saisissants et interpellent notre logique moderne. Lors de sa seconde union, Dominique épouse Marie Anne Duplessis, alors âgée de 49 ans tandis que lui, selon l'état civil recalculé, affiche 70 ans. Un décalage de vingt et un ans d'écart sépare ce couple. Au moment de ce remariage, Marie Anne Duplessis était elle-même veuve de Pierre Jean Vidot, union de laquelle elle avait eu des enfants.

C'est aussi sur cet acte que l'on note une importante variation patronymique : son nom s'y orthographie Roselli avec un « i ». Cette graphie trouve d'ailleurs un écho direct dans le même document, puisque le nom de son père y est lui aussi écrit avec un « i ». De plus, il est mentionné à cette étape de sa vie que Dominique exerce la fonction de maître de l'école publique. Cette activité professionnelle, exigeant une solide énergie au quotidien, apparaît en contradiction avec l'âge théorique de 70 ans qu'il est censé avoir.

Ce saut générationnel est encore plus marqué lors de son troisième et dernier mariage : sa jeune promise, nommée Marie Augustine Brillant, n'a alors que 17 ans, quand lui est âgé de 75 ans. C'est à cette étape précise que le « i » de son nom devient définitivement un « y » dans les textes. De cette alliance naîtra une fille, Marie Angélique Pétronille, qui se trouve être l'ascendante directe de la personne qui m'a demandé de retracer aujourd'hui le parcours singulier de Dominique Roselly.

Le dernier chapitre officiel de cette vie hors norme s'écrit le 5 février 1806 à Saint-André, à l'île de La Réunion, jour où Dominique s'éteint à l'âge déclaré de 89 ans. Sa disparition marque le début d'une nouvelle vie pour sa jeune épouse, Marie Augustine Brillant, qui se retrouve veuve très tôt. Dès l'année d'après, en 1807, cette dernière va se remarier avec Julien Augustin Picard. Ce gouffre persistant entre les âges, ces variations d'écriture, les remariages successifs ainsi que ses fonctions professionnelles posent de fait la question de l'exactitude de sa date de naissance européenne, sans qu'il soit possible d'apporter de certitude définitive.

Malheureusement, en dehors de son émigration et de l'histoire de ses trois mariages, les détails précis sur son quotidien et sa vie dans la colonie ne sont pas connus. Les archives gardent leur part d'ombre, mais c'est aussi cela, faire des recherches généalogiques : C'est accepter que l'on n'ait pas toujours tous les éléments attendus et que certaines destinées conservent une part de mystère pour les générations futures.


Sources : 

ANOM

Site la mémoire des hommes



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