
AUX RACINES DES HUET : PIONNIERS DE L’ÎLE DE FRANCE ET DE L’ÎLE BOURBON
Nicolas Huet, dit Fanfaron, est l'un de mes ancêtres issu de ma lignée maternelle qui s'est établi dans l'océan Indien au XVIIIᵉ siècle. Il serait né vers 1709 à Saint-Malo ou à Paramé en Bretagne. Il était le fils de François Huet, charpentier, et de Thomase Desrosiers. Originaire d'une région maritime tournée vers le commerce et les voyages, il fait partie de ces jeunes Bretons qui ont quitté la France pour tenter leur chance dans les colonies.
Le 10 juin 1727, alors âgé d'environ dix-huit ans, Nicolas Huet s'engage comme soldat dans une compagnie coloniale. Le registre d'engagement donne une description physique assez précise : il mesure cinq pieds deux pouces, a les cheveux bruns, le visage rond et plein, le teint clair et de grands yeux roux. Le 10 février 1728, il embarque à Lorient sur le navire Le Bourbon, armé pour les Indes. Il y voyage comme soldat passager et arrive en juillet 1728 à l'île de France, l'actuelle Île Maurice, alors administrée par la Compagnie française des Indes orientales.
Installé dans la colonie, il s'établit à Port-Louis (ïle Maurice). Comme beaucoup de colons de cette époque, il exerce plusieurs activités au cours de sa vie. Le 5 septembre 1731, il s'engage à Port-Louis comme charbonnier pour trois ans avec un salaire de 300 livres par an en plus de la ration des ouvriers. Vers 1733, il est mentionné comme tailleur de pierre, puis en 1736 comme habitant à la Montagne Longue, ce qui indique qu'il possède ou exploite une concession de terre.
Les documents évoquent également plusieurs transactions foncières. Nicolas Huet acquiert notamment une concession vers la rivière des Lataniers le 7 janvier 1739 auprès de Thomas Vigneux. Cette propriété est ensuite revendue à Jean-Baptiste Samson le 11 octobre 1742. Un autre acte mentionne encore la vente d'une habitation le 20 mars 1747, ce qui montre qu'il participe au mouvement d'acquisitions et de reventes de terres qui caractérise les débuts de la colonisation de l'île.
Un fait assez remarquable montre que Nicolas Huet a laissé une trace durable dans la toponymie locale. À l'île Maurice, un lieu-dit appelé « Trou Fanfaron » porte son surnom. Cette appellation rappelle son implantation dans la région et témoigne de l'empreinte laissée par ce colon dans l'histoire locale de l'île.
L'histoire de Marie Mesnard, qui deviendra son épouse, s'inscrit dans un contexte particulier de la politique coloniale française. Elle illustre le destin de ces jeunes filles que l'on appelait les « petites filles des hôpitaux ». Aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, la monarchie française met en place une politique destinée à peupler ses colonies d'Amérique et de l'océan Indien. Ces jeunes filles, souvent orphelines ou abandonnées, étaient envoyées outre-mer afin de devenir les épouses et les mères des colons, contribuant ainsi à stabiliser la population des nouvelles colonies.
Marie Mesnard naît à Nantes, paroisse Saint-Nicolas, vers 1714. Elle est la fille de François Mesnard, maître boucher, et de Marthe Cartier. Recueillie par l'hôpital du Sanitat, elle fait partie de ces jeunes filles placées dans cet établissement. Le Sanitat, qui a donné son nom à une place nantaise, n'était pas un hôpital au sens moderne du terme. D'abord léproserie, il devint ensuite un hospice et une prison, servant notamment de lieu de dépôt et d'enfermement pour les mendiants, les vagabonds et surtout pour les enfants abandonnés et les orphelins.
À l'âge de quinze ans, Marie quitte la France seule pour entreprendre un long voyage vers l'inconnu. Selon le site La Mémoire des Hommes, elle embarque à Lorient le 14 octobre 1729 à bord du vaisseau Le Mars. Ce navire, commandé par le capitaine Louis Drias, est en route pour la Chine et suit un itinéraire comprenant plusieurs escales : Lorient, Cadix, Ténériffe, l'île de France, puis la Chine.
Elle n'effectue pas cette traversée seule. Un groupe de jeunes femmes originaires du Sanitat voyage également à bord : Anne Teignan, Anne Gutié, Louise Collet, Marie Collet, Marie Alleraude, Marie Tréard, Marie Arcaine, Catherine Maing, Marie Chevalier, Marie Baudouin et Marie Lionard. Après plusieurs mois de navigation, elles atteignent l'île de France le 8 avril 1730.
Le 6 juillet 1730, Marie Mesnard épouse Nicolas Huet à Port-Louis alors qu'elle est âgée d'environ seize ans. Le couple s'installe d'abord dans cette ville avant de résider par la suite dans différentes parties de l'île, notamment dans la région des Pamplemousses puis à la Montagne Longue.
De leur union naissent sept enfants. Parmi eux se trouve Jean Huet, mon ancêtre, né le 25 mars 1746. Vers 1767, Jean choisit de s'installer sur l'île voisine de Bourbon (l'actuelle Réunion). C'est là qu'il fonde à son tour une famille en épousant, vers 1769, Marie Hoareau. Leur premier fils, Jean Baptiste Eucher, naît en 1770 à Saint-Pierre. Lors de son baptême, la force des liens familiaux se manifeste de manière éclatante : Marie Mesnard, ayant fait le voyage depuis l'île de France, est présente pour devenir la marraine de son petit-fils. De cette union entre Jean Huet et Marie Hoareau naîtront dix enfants, dont mes deux aïeules : Marie Gabrielle (née en 1780) et Marie Hermelinde (née en 1788).
À La Réunion, le nom Huet s'est implanté à partir de deux origines distinctes. D'une part la lignée issue de Jean Huet, fils de Nicolas Huet et de Marie Mesnard, qui s'établit sur l'île Bourbon et y fonde une famille. D'autre part celle de Jacques Huet, originaire de Rouen, à l'origine d'une autre branche installée dans la colonie. Ces deux hommes apparaissent ainsi comme les fondateurs des deux principales lignées Huet présentes à La Réunion.
Nicolas Huet meurt le 12 février 1772 à Port-Louis (Ile Maurice). Marie Mesnard lui survit plusieurs années et décède le 16 novembre 1783 dans la même ville, à l'âge de soixante-neuf ans. Quelques années plus tard, la branche réunionnaise s'éteint également avec le décès de Jean Huet, survenu le 24 septembre 1790 à Saint-Pierre (974) à l'âge de 44 ans, suivi par celui de sa femme Marie Hoareau le 15 mars 1793 dans la même commune, à l'âge de 41 ans. Leur parcours illustre celui de ces hommes et de ces femmes venus de France qui ont contribué à l'établissement et au peuplement des colonies françaises de l'océan Indien au XVIIIᵉ siècle.
Sources :
ANOM & AD 974
5DPPC 65 - ANOM - Ile-de-France (Île Maurice) : concession, tribunal terrier, vues 114 et 610
Les défricheurs de l'ile de France d'OSCAR BECHET
Site la mémoire des Hommes










