D’UNE RIVE A L’AUTRE : LA VIE D’ANDRÉ RAUX, PIONNIER DE BOURBON

05/02/2026

En la paroisse de Muron, bourg de Saintonge, province méridionale du royaume de France, aujourd'hui sise dans le département de la Charente-Maritime, naquit le 2 avril 1671 un enfant nommé André RAUX ou (RAOULT) (Sosa 658) appartenant à ma branche paternelle. Il est le fils de Jean RAOULT (Sosa 1316) et de GANRY Renée (Sosa 1317) mariés le 9 août 1668, Lussant (17).

Baptisé le lendemain de sa venue au monde, le 3 avril 1671, il reçut pour parrain André BONNION et pour marraine Marie CHAUVIN, comme le consignent les registres paroissiaux.

Les registres d'état civil de Muron révèlent la fécondité du couple qui vit naître six enfants au cœur du village : Louis en 1669, André en 1671 (Sosa 658), Suzanne en 1673, Catherine en 1675, Pierre en 1678 et enfin Julien en 1679.

Sur les registres de Muron, si le nom de famille d'André est bien orthographié, celui de ses frères apparaît parfois sous la forme simplifiée de RAU, témoignant déjà des approximations de transcription. Plus tard, dans les archives de l'état civil réunionnais, le patronyme originel RAOULT se vit malencontreusement déformé en RAUX, fruit d'une transcription fautive commise par l'officier d'état civil.

Cette succession de vies, consignée avec soin par le curé, dessine le portrait d'une famille nombreuse, typique de l'époque. Cependant, il convient de souligner que ces précieuses sources, malgré leur richesse, ne garantissent pas toujours une exhaustivité absolue. Des naissances ont pu échapper à l'enregistrement, les documents correspondants se sont parfois perdus au fil des siècles, et il est également possible que certaines entrées, bien que présentes, aient échappé à ma vigilance lors de la consultation de ces fonds. Tout cela laisse planer une légère incertitude sur le nombre exact de vies issues de cette union.

Remontant le fil du temps grâce aux mêmes registres de Muron, l'ascendance paternelle d'André se révèle.

Son père Jean (Sosa 1316) était lui-même issu d'une fratrie de trois enfants : Suzanne, née en 1625, Jean en 1634, et Antoine en 1637. Ces trois vies prirent racine dans l'union de Jean (Sosa 2632) et de Marguerite TEXIER (Sosa 2633).

De son côté, la mère d'André, Renée GANRY (1317), fille de René GANRY (Sosa 2634) et Catherine MARCON (Sosa 2635), tirait ses origines de Lussant, comme en témoignent les registres d'état civil de cette paroisse.

Elle faisait partie d'une fratrie de quatre : Marie, née en 1645, Catherine en 1646, une seconde Catherine en 1650, et Renée elle-même. C'est ainsi, à travers ces inscriptions méticuleuses, que se dessine la trame complexe et souvent incomplète des liens familiaux qui unissaient ces générations, offrant un aperçu précieux mais parfois lacunaire de l'histoire des hommes et des femmes d'autrefois.

En l'an de grâce 1706, époque où la Saintonge se trouvait sous la couronne de Louis XIV et souffrait des affres de la Guerre de Succession d'Espagne (1701–1714), la province, comme le reste du royaume, pliait sous le poids d'une fiscalité étouffante destinée à nourrir les armées, de levées forcées pour former les milices, de disette et de ruine du commerce maritime.

Les Anglais, maîtres de l'Atlantique avec leurs alliés des Provinces-Unies, imposaient un blocus cruel aux côtes françaises, harcelant La Rochelle, Rochefort et l'île d'Oléron. La Rochelle, déjà frappée depuis la Révocation de l'Édit de Nantes (1685), voyait encore ses affaires décliner, tandis que les derniers protestants vivaient leur foi dans la clandestinité du « désert », subissant arrestations et dragonnades.

C'est probablement dans ce sombre climat d'incertitude, qu'André RAUX choisit en 1706 d'embarquer à bord d'un navire forban pour parcourir les mers. Parvenu à Bourbon le 18 décembre de la même année, il décida d'y demeurer et d'y exercer la profession de charpentier.

Devenu un forban repenti, le 14 juin 1707, il épousa à Saint-Paul Thérèse DUHAL, dont l'histoire familiale se trouve étroitement mêlée à celle de René DUHAL, son père, compromis dans la fameuse affaire VAUBOULON — affaire dont j'ai déjà relaté l'histoire en détail dans des précédents récits.

De cette union naquirent dix enfants :

Nicolas, en 1709, André, en 1710, Marguerite, en 1712, Pierre, en 1713, Marie, en 1715, Thérèse, en 1720, Jean, en 1722, Geneviève, en 1724, et Jeanne, en 1726 (Sosa 329), André 1733. L'épidémie de variole qui a sévi sur l'île en 1729 a coûté la vie à ses trois premiers enfants. Son quatrième et dernier enfant est décédé à l'âge de vingt-six jours en 1733.

Si ses contemporains lui rendaient hommage pour sa bonne conduite, son honnêteté et sa « laboriosité », il faut rappeler que sa prospérité s'inscrivait dans la logique coloniale de l'île : André RAUX fit, comme la plupart des colons, usage des terres concédées par la Compagnie des Indes et exploita des esclaves pour les mettre en valeur.

Antoine LABBE, dit DESFORGES-BOUCHER (1679–1725), garde-magasin de la Compagnie des Indes, brossa de lui, dans son Mémoire pour servir à la connaissance particulière de chaque habitant de l'Isle de Bourbon, ce portrait :

« Cet homme n'a point reçu d'éducation, mais il est fort honnête, sage, de bonne conduite, obéissant, point porté à l'ivrognerie, entièrement appliqué à bien gouverner son ménage et à mettre ses terres en valeur. »

Ses terres, situées sur les sables de Saint-Paul et dans les montagnes, étaient cultivées par la main prudente d'André, secondé par huit esclaves noirs et cinq négresses. Il en tirait d'abondantes récoltes et plantait même la vigne, blanche et rouge, obtenant des grappes en grand nombre. Il avait acquis ces biens, bétail compris, de Pierre FOLIO, qui quitta l'île en mai 1708 à bord du vaisseau Saint Louis pour rejoindre Pondichéry.

Son cheptel, réparti autour de la rivière du Gallet et de la pointe du même nom, se composait de 90 bœufs, 30 moutons, 200 cabris, 90 cochons et 3 chevaux. On estimait sa fortune à environ 1 000 écus en espèces, habilement administrés par ce gestionnaire avisé.

Après une longue existence dans le cadre de ce système colonial, André RAUX s'éteignit à Saint-Paul le 26 décembre 1749, à l'âge vénérable de 78 ans. Son épouse Thérèse DUHAL lui survécut jusqu'au 6 février 1781, rendant son âme à 89 ans. Deux belles longévités pour leur siècle, et une postérité abondante qu'ils laissèrent derrière eux en l'île Bourbon. Son patronyme s'éteignit dans mon arbre généalogique avec le décès de sa fille Jeanne (Sosa 329).

Sources :

Registres paroissiaux de Muron (baptême du 3 avril 1671) Archives départementales 17

Registres d'état civil de l'île Bourbon (mariage du 14 juin 1707 et décès du 26 décembre 1749) - ANOM

Antoine LABBE dit DESFORGES-BOUCHER, Mémoire pour servir à la connaissance particulière de chaque habitant de l'Isle de Bourbon, vers 1725

Archives départementales de La Réunion (transcriptions et actes divers)

Contexte historique tiré des ouvrages suivants :

Michel Vergé-Franceschi, La marine française sous Louis XIV, Paris, 1991

Janine Garrisson, L'Édit de Nantes et sa révocation, Paris, 1985

Prosper Ève, La Société d'habitation à Bourbon au XVIIIᵉ siècle, Paris, 1999

EGLISE DE MURON - WIKIPEDIA
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ACTE DE NAISSANCE - AD 17
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ACTE DE MARIAGE - ANOM
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ACTE DE DECES - ANOM
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ASCENDANCE DE RAUX ANDRE
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DESCENDANCE DE RAUX ANDRE
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