UN JOUR, UN ÉVÉNEMENT - 24 JANVIER

24/01/2026

Un jour, un événement - 24 Janvier

L'Affaire du "Mascareignes" (1859-1860) : Le Procès du Choléra à La Réunion

Le procès du navire le "Mascareignes" le 24 janvier 1860, devant la Cour d'assises de Saint-Paul à La Réunion, reste un moment tragique et controversé de l'histoire coloniale, directement lié à la dévastatrice épidémie de choléra de 1859 qui fit environ 2700 morts sur l'île.

Les détails de cette affaire ont fait l'objet d'une large couverture, y compris dans la presse métropolitaine, comme en témoigne le compte rendu publié dans "La Gironde" du 10 mars 1860.

Le Navire et la Catastrophe Sanitaire

Le trois-mâts Mascareignes fut affrété pour convoyer des "engagés" africains, une main-d'œuvre destinée aux plantations de canne à sucre après l'abolition de l'esclavage en 1848.

Malgré les alertes signalant le choléra au port d'embarquement à Kilwa (Tanzanie), le capitaine du navire fit fi des protocoles sanitaires. Le navire, arrivé à Saint-Denis le 6 mars 1859 après une traversée marquée par une forte mortalité et des escales clandestines pour remplacer les disparus, introduisit la maladie sur l'île, déclenchant une épidémie massive.

Les Trois Accusés et leur Procès

Le système judiciaire colonial accusa trois hommes de n'avoir pas respecté les mesures de police sanitaire maritime, rendant ainsi possible la propagation de l'épidémie :
1. Joseph d'Agnel : Le capitaine du Mascareignes. Il échappa au procès en s'enfuyant et en se réfugiant à l'île Maurice.
2. Joseph Maximilien Menon : Le subrécargue, représentant des intérêts commerciaux de l'affréteur.
3. Jean-Baptiste Grondin :Un fonctionnaire subalterne (souvent qualifié de "lampiste" incompétent) chargé d'une partie des contrôles sanitaires.
Joseph Maximilien Menon et Jean-Baptiste Grondin furent les seuls à connaître une détention de dix mois avant de comparaître.

L'Acquittement Controversé

Le procès, qui se déroula à Saint-Paul, fut très suivi (avec 56 témoins entendus) et se conclut, le 24 janvier 1860, par un acquittement général.
Cette décision, jugée "surprenante" compte tenu de la gravité de la catastrophe, est souvent analysée comme le reflet des pressions et des intérêts économiques des élites de planteurs, qui avaient besoin de maintenir le flux de main-d'œuvre engagée et dont les représentants siégeaient parfois dans les jurys. L'acquittement a marqué la fin des poursuites judiciaires, laissant l'affaire comme un symbole des responsabilités non sanctionnées dans une tragédie coloniale.

SUITE DE L ARTICLE DE PRESSE
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