JEAN-BAPTISTE MALET DESBORDES, UN NOM QUI TRAVERSA LES MERS

05/02/2026

Jean-Baptiste naît vers 1714 à Paris, dans la paroisse Saint-Eustache. Il est le fils de Jacques Jean Baptiste MALET (ou MALLET), avocat au parlement, et de Marguerite MARTIN DUBUISSON.

Son père Jacques Jean Baptiste est encore mineur à la mort de son père Jean Baptiste.

Un acte tiré du registre des tutelles (AN 3959 A) précise :

À la requête de François LE CAMUS, avocat au parlement et époux de Marie POLLIARD, récemment décédée, il est demandé la convocation d'un conseil de famille pour statuer sur l'acceptation de l'héritage par l'enfant mineur qu'elle avait eu de son premier mari, Jean-Baptiste MALLET.

Le conseil de famille est composé des personnes suivantes :

Nicolas POLLIARD, marchand bourgeois de Paris, aïeul maternel ;

Étienne POLLIARD, avocat au parlement, oncle maternel ;

Pierre GODEFROY, avocat au parlement, cousin maternel par alliance ;

Michel HUOT, avocat au parlement, cousin germain maternel ;

Gabriel ARMAND, sieur de la Noue, cousin paternel ;

Jean-Baptiste BRUN, marchand de Nemours, cousin issu de germain paternel ;

Jacques DORLEANS, huissier au Châtelet de Paris, cousin paternel par alliance avec Anne LEBRUN ;

Bertrand HERAULT, secrétaire de Monsieur BOURCELIN, cousin paternel et subrogé tuteur désigné par testament du défunt sieur MALET devant le notaire HUART, le 25 novembre 1656.

La tutelle de l'enfant mineur fait alors l'objet d'une vive contestation entre les branches paternelle et maternelle. Finalement, la tutelle est confiée à François LE CAMUS, en raison de sa fortune — évaluée à plus de 25 000 écus — qui lui permet de garantir la gestion des biens du mineur, dont la fortune est estimée à 40 000 livres. Cela, malgré les dispositions testamentaires du père du mineur, qui excluait explicitement la branche maternelle de la tutelle.

L'acte mentionne également une Barbe MALLET, tante du mineur, veuve de Philippe TOULOUZE et demeurant à Nemours.

Ces conflits successoraux s'inscrivent dans le cadre plus large d'un patrimoine familial ancien et respectable. En effet, les « Annales de la Société historique et archéologique du Gâtinais » rappellent que, le 11 avril 1668, Pierre LE FEBVRE, avocat au parlement et demeurant à Nemours, avait déjà présenté l'aveu et dénombrement des biens au nom de Jacques-Jean-Baptiste MALET, alors âgé de dix ans et demi, fils mineur de feu Jean-Baptiste MALLET, sieur des Bordes (paroisse de La Genevraye) et de l'Érable (paroisse de Fromonville). Cet aveu fut rendu à Jean de GUYARD, écuyer, seigneur de La Tour, seigneur dominant du fief des Bordes.

Plus tard, en 1693, Jacques Jean-Baptiste MALLET, seigneur de l'Érable et du fief des Bordes, baille à titre de ferme l'ensemble des terres relevant de ces deux fiefs à Pierre CHEVRIER, Denis LE ROY et Denis JULLIOT, devant notaire à Nemours. Ces actes illustrent l'ancienneté et la solidité de la position sociale des MALLET dans la région de Nemours.

Malgré cet enracinement familial et ce patrimoine notable, Jean-Baptiste fils de Jacques Jean Baptiste MALLET choisira, au début du XVIIIe siècle, de quitter la métropole pour tenter sa chance dans les colonies.

Selon le Cercle généalogique de Bourbon, il serait arrivé sur l'île Bourbon en 1739. Afin de mieux documenter ce départ, mes recherches sur le site Mémoire des hommes m'ont permis d'identifier un MALET, dit MALET Jean-Baptiste, embarqué à Lorient le 31 décembre 1738 à bord du vaisseau Fleury. Ce navire de 750 tonneaux, armé de 32 canons et doté d'un équipage de 201 hommes, commandé par le capitaine Nicolas FREMERY, faisait route vers les Indes et les Mascareignes. Jean-Baptiste est débarqué à l'île de France (actuelle île Maurice) le 20 juin 1739 en qualité de soldat et passager, avant de rejoindre probablement l'île Bourbon dans le courant de la même année.

Le choix de Jean-Baptiste d'émigrer et son esprit d'aventure s'inscrivent peut-être dans une tradition familiale de courage et d'engagement. En effet, son père Jacques MALET s'était déjà illustré par un acte de bravoure morale quelques décennies plus tôt : à la Révocation de l'Édit de Nantes, il avait pris le risque d'héberger le pasteur protestant Gabriel Mathurin, dit aussi LESTANG. Celui-ci, revenu clandestinement à Paris pour exercer son ministère, se cacha pendant sept mois, en 1689–1690, au domicile de Jacques MALET, avocat au parlement. Traqué, Mathurin fut arrêté en avril 1690 chez les MALET, puis emprisonné au château de Vincennes, à la Bastille et au fort de Sainte-Marguerite. Ce n'est qu'en 1714, après 25 années de captivité, qu'il retrouva la liberté grâce à l'intercession de la reine Anne d'Angleterre et rejoignit sa famille en Irlande, où il mourut en 1718. Ce geste de Jacques MALET, protecteur d'un homme persécuté au péril de sa propre sécurité, témoigne d'une certaine droiture et d'un sens aigu de la solidarité, valeurs qui ont peut-être inspiré la destinée de son fils Jean-Baptiste.

Cet épisode courageux, relaté dans un article du site Mémorial Huguenot, témoigne de la droiture et du sens aigu de la solidarité de Jacques MALET — des valeurs qui ont sans doute inspiré la destinée de son fils Jean-Baptiste.

Six ans après son installation à Bourbon, Jean-Baptiste épouse, le 19 janvier 1745 à Saint-Louis, Élisabeth Étienne BÉNARD. De cette union naîtront sept enfants, parmi lesquels mon aïeule Gertrude Charlotte MALET DESBORDES. À partir de cette époque, le patronyme de Jean-Baptiste évolue dans les actes locaux pour devenir MALET DESBORDES ou MALLET DESBORDES, selon les documents. 

Jean Baptiste s'éteignit le 16 février 1790 à Saint-Joseph à l'âge 76 ans. Son nom disparaîtra dans ma branche paternelle avec le décès de Gertrude Charlotte MALET DESBORDES, le 11 janvier 1837.

L'histoire de Jean-Baptiste MALET DESBORDES  incarne à la fois la continuité d'un enracinement familial ancien en métropole et le choix audacieux de l'exil vers les colonies. Héritier d'un patrimoine solide et imprégné des valeurs de courage et de solidarité transmises par son père, il s'établit sur l'île Bourbon, y fonde une famille et participe activement à la vie locale. Toutefois, comme beaucoup de colons de son temps, il fut probablement intégré au système colonial esclavagiste, en tant que propriétaire d'esclaves. Cette part sombre, bien que peu documentée, ne peut être écartée du récit. Elle rappelle que ces trajectoires individuelles, aussi admirables soient-elles par certains aspects, s'inscrivaient aussi dans un ordre social profondément inégal. Raconter l'histoire de Jean-Baptiste, c'est donc aussi accepter d'en éclairer toutes les facettes — les héritages, les engagements, les silences — avec lucidité et fidélité à la vérité historique.





Sources :
– Registre des tutelles (Archives nationales, cote AN 3959 A)
– Annales de la Société historique et archéologique du Gâtinais
– Actes notariés de Nemours (XVIIe siècle)
– Site du Cercle généalogique de Bourbon
– Base de données Mémoire des hommes (embarquement à Lorient, vaisseau Fleury)
– Article du Mémorial Huguenot sur le pasteur Gabriel Mathurin dit Lestang
– Registres paroissiaux de l'île Bourbon (Saint-Louis et Saint-Joseph)




#Les rameaux cachés : ce défi généalogique né dans le groupe "Raconter sa généalogie" propose une exploration originale de nos arbres généalogiques. Le principe ? Découvrir et partager, chaque 5 du mois, l'histoire d'un ancêtre ou collatéral dans la cime de notre arbre généalogique, dont le nom apparaît très rarement (1 à 3-4 fois). Une façon de redécouvrir ces ancêtres invisibles, de leur redonner une place dans notre mémoire.